Les Péruviens se rendent aux urnes ce dimanche, malgré des retards d'ouverture dans certains bureaux, pour élire leur neuvième président en dix ans. Ce scrutin se déroule dans un climat d'insécurité croissante et de méfiance envers une classe politique largement discréditée.
Avec 35 candidats en lice, un record pour le pays, aucun ne dépasse 15 % d'intentions de vote, rendant un second tour presque inévitable le 7 juin. Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (12H00 GMT), mais certaines installations à Lima accusent des retards de plus de quatre heures en raison de problèmes logistiques rapportés par l'organisme électoral ONPE.
Des électeurs impatients se sont formés en longues files d'attente devant des bureaux encore fermés, exprimant leurs inquiétudes quant aux fraudes possibles et se plaignant de la chaleur accablante de la mi-journée.
Plus de 27 millions d'électeurs sont appelés à voter pour élire non seulement un président, mais aussi des parlementaires, lors de ce vote obligatoire marqué par le retour d'un Parlement bicaméral, une première depuis 1990.
« Nous choisissons notre candidat, mais nous savons que ce sera pour un temps limité, le Congrès finira par le destituer », a déclaré Rocio del Rio, 57 ans, après avoir voté dans un district populaire à Lima. « Nous ne faisons que choisir un président marionnette du Congrès », a-t-elle ajouté.
Avec huit présidents depuis 2016, dont quatre destitués par le Parlement, la classe politique est de plus en plus discréditée, au milieu d’un environnement marqué par des scandales de corruption. Actuellement, quatre anciens chefs d'État purgent des peines de prison.
Selon RPP, au moins 252 candidats ont des antécédents criminels, alors que plus de 90 % des Péruviens expriment une faible confiance envers leurs institutions, d'après une enquête de Latinobarometro.
Par ailleurs, les dernières enquêtes indiquent que des candidats conservateurs dominent, suggérant une possible orientation droitière du Pérou, à l'image des tendances observées dans d'autres pays d'Amérique latine.
Keiko Fujimori, candidate pour la quatrième fois, devance de peu l'humoriste Carlos Alvarez et l'ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga. Ricardo Belmont, centriste, se démarque également, ayant vu sa visibilité augmenter récemment.
Cependant, des candidats de gauche comme l'ancien ministre Roberto Sanchez pourraient surprendre en cours de route, promettant de gracier l'ex-président Pedro Castillo; un geste audacieux au milieu du désenchantement général.
La complexité du vote se reflète dans un bulletin long de 44 cm, après une campagne centrée sur la lutte contre la criminalité, la principale préoccupation des électeurs.
« Tout va très mal... On part travailler sans savoir si on rentrera à la maison », témoigne Raul Cabana, un ouvrier de 45 ans. Les statistiques sont alarmantes : les homicides ont doublé depuis 2018, atteignant environ 2 600 chaque année, et les plaintes pour extorsion ont été multipliées par huit, selon la police.
La montée de la violence au Pérou est attribuée à l'influence grandissante de groupes criminels transnationaux, qui opèrent aux côtés des gangs locaux. Les transports publics sont particulièrement touchés, et selon des données policières, 75 chauffeurs ont été tués en 2025.
Face à cette insécurité, les candidats rivalisent de propositions radicales, allant de l'établissement de prisons en pleine jungle à la réintroduction de la peine de mort. Rafael Lopez Aliaga, homme d'affaires fortuné, s’est même engagé à « agir d’abord et à demander l’autorisation ensuite », promettant des expulsions et un durcissement sécuritaire.
Keiko Fujimori, héritière de l’ancien président Alberto Fujimori, a promis d’expulser les migrants en situation irrégulière et de renforcer les relations avec les États-Unis, s'engageant à « rétablir l'ordre » dans les cent premiers jours de son mandat.
L’analyse de l’expert en opinion publique, Luis Benavente, souligne que la campagne électorale a été « plus superficielle, plus émotionnelle », reflétant un climat de désenchantement général parmi les électeurs.
Le président par intérim, José Maria Balcazar, ne peut pas se porter candidat lors de ce scrutin qui doit clôturer à 17H00 (22H00 GMT) dans cette nation de 34 millions d'habitants.







