Lors de sa visite au Cameroun, le pape Léon XIV s'apprête à délivrer un message de paix à Bamenda, épicentre des violences ayant causé des milliers de morts en presque dix ans. Ce rendez-vous est considéré comme le point culminant de son voyage.
La veille, devant des responsables nationaux, y compris le président Paul Biya au pouvoir depuis 1982, Léon XIV a prononcé un discours fort, incitant à "briser les chaînes de la corruption" et à respecter les droits de l'homme et l'État de droit.
Accueilli en liesse par des milliers de fidèles dans la capitale Yaoundé, le pape a béni la foule qui l'a accueilli avec chants et drapeaux, révélant un élan de foi palpable sous le soleil brûlant.
À Bamenda, il prononcera son discours à la cathédrale Saint-Joseph puis célébrera une messe à l’aéroport dans l'après-midi.
Dans son discours précédent, le pape a appelé à "rejeter la logique de la violence et de la guerre", face aux "situations dramatiques" de la région. Juliette Lum, une résidente de Bamenda, a déclaré à l'AFP : "Nous croyons que sa venue ici, notamment pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, apportera la paix".
Le conflit a débuté en 2017 suite à des manifestations pacifiques réprimées qui ont opposé des indépendantistes, clamant la création de la "République d'Ambazonie", au gouvernement camerounais. Les civils, pris au piège, subissent extorsions, violences et assassinats. L'ONU évalue à au moins 6.000 le nombre de victimes depuis 2016.
Lundi, les groupes séparatistes ont déclaré une trêve de trois jours dans les zones anglophones pour assurer la sécurité du pape. Les séparatistes espèrent également que le pape appelle le gouvernement à relancer des négociations pour discuter des causes profondes du conflit, comme l’a exprimé le groupe Unity Warriors of Ambazonia.
Lobga Wesley, étudiant de 22 ans, tempère : "Je ne peux pas dire que sa visite va forcément changer les choses, mais nous espérons qu’elle aura au moins une influence positive".
L'aéroport de Bamenda, fermé depuis 2019, a été modernisé pour cet événement et restera opérationnel après la visite.
"C’est la première fois depuis le début du conflit que tout le monde parle le même langage. Tout le monde souhaite la bienvenue au Saint-Père", a noté Andrew Fuanya Nkea, archevêque de Bamenda.
Dans un pays où environ 37 % des 30 millions d'habitants sont catholiques, l'Église joue un rôle de médiation et gère un vaste réseau d'hôpitaux et d'écoles.
L’archevêque a ajouté : "Nous avons parlé aux deux parties, et nous pensons qu'il est maintenant temps d'agir et de dialoguer". Cependant, Joseph Awah Fru, avocat de plusieurs leaders séparatistes emprisonnés, souligne que "pour parler de paix, il faut d'abord résoudre les causes du conflit : la décolonisation inachevée, la marginalisation et l'éradication identitaire".
Les violences ont entraîné le déplacement de plus de 330.000 personnes à l’intérieur du Cameroun et plus de 100.000 réfugiés au Nigeria, selon l'ONU.
Après Bamenda, le pape se rendra à Douala, la capitale économique, et poursuivra son périple en Afrique, qu'il a déjà débuté par une visite en Algérie.







