Vincent Lemire, historien et professeur d’histoire contemporaine à l’université Gustave-Eiffel, ainsi qu’auteur du livre "Jérusalem : L'histoire n'est jamais écrite" publié chez Albin Michel, a partagé son analyse lors de l’émission Tout est politique sur Franceinfo le 2 mai. Cette retranscription présente une partie de son interview, dont la vidéo complète est disponible en ligne.
France Télévisions : Où va Israël ? La société israélienne semble se radicaliser face aux répercussions des massacres du 7 octobre. Quel est votre regard sur cette situation, presque trois ans après ces attaques ?
Vincent Lemire : Nous sommes dans un état de post-trauma qui semble interminable. Ce qui est particulièrement alarmant, c’est que notre Premier ministre perpétue ce cycle de traumatisation en enchaînant les conflits. De nombreuses personnes de mon entourage envisagent de quitter Israël. Des chiffres révélateurs montrent que 40 % des médecins formés envisagent de s’expatrier plutôt que de rester dans le pays. Ce vide créé par l’émigration des élites, des chercheurs et des artistes impacte durablement la société. Simultanément, des individus viennent en Israël, parfois avec une intention belliqueuse. Pour Benyamin Nétanyahou, cela peut sembler être un atout électoral à court terme, mais cela représente une catastrophe à long terme pour le pays.
Les dirigeants israéliens parlent de guerre existentielle. Pensez-vous qu'ils aient raison ?
Benyamin Nétanyahou a réussi à promouvoir cette idée de guerre existentielle, bien que la plupart des conflits soient souvent préventifs. Cela rappelle la guerre des Six Jours où une menace immédiate était présente. Aujourd'hui, la rhétorique autour de l'Iran renforce une notion de menace rampante qui s’inscrit dans son agenda idéologique. Bien que les effets escomptés ne soient pas encore visibles sur le plan électoral, cela permet de maintenir un état de tension extrême dans le pays.
Comment évaluez-vous la situation au Liban, en lien avec le cessez-le-feu ?
Le cessez-le-feu semble être déséquilibré, surtout du côté libanais. Le nombre de morts continue d’augmenter, tandis que Gaza subit de lourdes pertes. On constate que ce cessez-le-feu pourrait bien être temporaire. L'instabilité persiste, et je m'attends à voir une reprise des hostilités dans un avenir proche.
Cependant, comment apprécieriez-vous la politique de Benyamin Nétanyahou à Gaza ?
C'est ce que j'appelle une guerre éternelle. En ce moment, 2 millions de Gazaouis sont confinés sur une petite portion de leur territoire, soumis à une situation de plus en plus dramatique. La démographie et la géopolitique continuent de jouer contre la paix.
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