Au sein de la nation arc-en-ciel d'Afrique du Sud, une génération grandit dans l'univers clos d'Orania. Cette enclave afrikaner, qui compte plus de 3 000 habitants, a fêté son 35ème anniversaire ce week-end.
Sur place, il n'est pas rare de voir un public jeune, majoritairement blanc, se rassembler dans des bars au cadre discret. Éloignée des grandes villes, cette communauté se caractérise par un mode de vie résolument ancré dans son histoire.
Sous la lueur tamisée d'un pub local au son de la musique country afrikaans, des jeunes, camarades d'études et d hobbies, partagent des moments de convivialité. Thomas de Villiers, gérant du Stokkies, souligne la tendance des jeunes à revenir, séduits par un mode de vie jugé plus serein en ces temps incertains.
Charlotte van Niekerk, 22 ans, illustre cette dynamique. Après avoir quitté Orania à l'adolescence pour découvrir d'autres horizons, elle est revenue, réalisant que l’extérieur n'offrait pas les mêmes certitudes. "Nous avons grandi avec l'envie de nous émanciper, mais beaucoup finissent par revenir, les yeux ouverts sur la réalité du monde extérieur", confie-t-elle à l'AFP.
Le renouveau de cette enclave a vu l'ouverture d'établissements d'enseignement supérieur technique, qui attirent des étudiants d'origines diverses, mais principalement de l’ethnie afrikaner. "Nous visons à doubler notre effectif dans les années à venir", annonce Joost Strydom, porte-parole de la communauté, en citant la quête de savoir et de compétence comme moteurs essentiels.
Pourtant, le marché de l'emploi reste limité dans cette région isolée. Peu d'étudiants envisagent de y rester durablement, mais ils profitent de la vie locale en s'adonnant à des activités comme la pêche ou le motocross, des passions typiques de la jeunesse d'Orania.
David Loock, 21 ans, confirme la singularité de l'expérience oraninienne : "La vie sociale est très différente ici, loin des grands centres urbains", explique-t-il alors que son ami montre fièrement une prise lors d'une sortie de pêche.
De quelque 2,6 millions d'Afrikaners en Afrique du Sud, les habitants d'Orania représentent une fraction minoritaire. Cependant, la tendance de certains jeunes à se tourner vers un mode de vie plus traditionnel n'est pas surprenante, surtout dans un contexte mondial où des mouvements identitaires prennent de l'ampleur.
L'idée d'une majorité perdue, confrontée à une nouvelle réalité démographique, fait écho à un sentiment de nostalgie et de recherche d'appartenance. Doret Le Cornu, 23 ans, évoque l'envie de conserver une identité forte dans un monde perçu comme menaçant : "Ici, nous sommes chez nous, et cela nous réconforte face à un environnement plus diverse qui nous entoure."







