Selon Reporters sans frontières, l'armée israélienne pourrait avoir intentionnellement ciblé 70 des 220 journalistes tués à Gaza au cours des deux dernières années. Tsahal justifie ces frappes en accusant certains de soutenir le Hamas. Pourtant, l'armée israélienne insiste sur le fait qu'elle ne vise pas les journalistes.
Depuis le 7 octobre 2023, Gaza est devenu inaccessible aux reporters étrangers, et ce sont désormais des journalistes palestiniens qui risquent leur vie pour relayer l'information à l'échelle mondiale.
Reporters sans frontières, qui tient un registre des journalistes tués, émet des réserves quant aux circonstances de ces décès. Jonathan Dagher, responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, souligne que pour certains journalistes, il existe des preuves qu'ils étaient simplement en train de faire leur travail sur le terrain. D'autres, quant à eux, avaient reçu des menaces peu avant leur décès. Les armes utilisées, comme les drones ou les snipers, soulèvent de sérieuses préoccupations sur le ciblage intentionnel. Au total, l'ONG évoque un "ciblage volontaire" pour 70 des journalistes tués. RSF a également déposé cinq plaintes auprès de la Cour pénale internationale, alléguant des crimes de guerre contre les journalistes.
Accusations de connivence avec le Hamas
Le 10 août 2025, les médias du monde entier ont relayé la tragédie de cinq journalistes tués lors d'une frappe israélienne à Gaza, dont un correspondant de la chaîne qatarie Al Jazeera, que l'armée israélienne a reconnu avoir ciblé. Le porte-parole de Tsahal, le colonel Olivier Rafowicz, envisage cette tragédie comme une opération légitime, qualifiant le journaliste concerné de "membre de la branche armée du Hamas".
De son côté, le philosophe Raphaël Enthoven a suscité un vif débat en affirmant sur X : "Il n'y a aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d'otages avec une carte de presse." Ce tweet a engendré une tempête médiatique en France, les opposants et partisans de la politique israélienne exploitant cette déclaration pour faire valoirleurs points de vue.
Neuf mois plus tard, le même Enthoven est revenu sur ses propos dans l'émission "Complément d'enquête", exprimant son regret sur une phrase qu'il n'aurait "jamais dû écrire". Malgré ses excuses, il maintient qu'il n'y a pas de liberté de la presse à Gaza. Il reste cependant incertain sur le fait de savoir si des journalistes non combattants ont pu être ciblés et émet l'hypothèse que ceux qui l’étaient étaient liés d'une manière ou d'une autre au Hamas.
D'après la Fédération internationale des journalistes (IFJ), 230 journalistes ont été tués en Gaza au 31 décembre 2025. Une ONG israélienne a élaboré une liste des journalistes qu'elle prétend être affiliés à des groupes armés. En croisant ces informations, "Complément d'enquête" a établi que près de la moitié des journalistes recensés par l'IFJ, soit 107 personnes, pourraient être considérés comme complices des terroristes selon cette ONG.
Pour plus de détails, visionnez l'émission "Proche-Orient : la guerre contre l'info" dans "Complément d'enquête" diffusé le 4 juin 2026.







