Les accusations de "crimes contre l'humanité" et de "nettoyage ethnique" visant les Forces de soutien rapide (FSR), paramilitaires en conflit avec l'armée soudanaise, se multiplient alors qu'une alerte d'Amnesty International est lancée mercredi. L'ONG met en exergue la situation dramatique à El-Facher, au Darfour, où des atrocités auraient eu lieu avant et durant la prise de la ville en 2025.
Dans son dernier rapport, Amnesty insiste sur l'urgence d'un déploiement international pour protéger les habitants d'El-Obeid, qui menacent d'être les prochaines cibles de l'offensive des FSR après avoir révélé des signes inquiétants à cet égard.
"Les FSR ont récemment mené une série de crimes graves dans leur quête de contrôle sur El-Facher, y compris le massacre ciblé de civils", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, lors d'une conférence à Nairobi. Elle a averti que ces attaques pourraient se reproduire si aucune mesure n'était prise. "Nous devons garder à l'esprit l'urgence d'éviter un génocide dans cette région", a-t-elle ajouté.
Le rapport, intitulé "Ville assiégée, enfants pris pour cibles", repose sur les récits de 247 témoins ayant subi les conséquences des exactions entre 2024 et 2025 dans le Darfour-Nord. Amnesty a conclu que ces actes pourraient être qualifiés de génocide, en continuant d'enquêter pour apporter les preuves nécessaires.
Un précédent rapport de l'ONU avait déjà évoqué des "actes de génocide" perpétrés par les FSR lors de la bataille pour El-Facher. Les témoignages recueillis par Amnesty révèlent que dès 2024, ces paramilitaires ont systématiquement attaqué des villages et camps de déplacés, visant principalement les Zaghawas, une ethnicité non arabe du Darfour, liée également au Tchad.
Les FSR auraient, de manière délibérée, incendié des habitations même après le départ des habitants, ce qui prouve leur désir de rendre ces territoires inhabitable. De nombreux enfants auraient été victimes de violences extrêmes : massacres, viols et enlèvements pour être recrutés de force ou soumis à des abus sexuels.
Le blocus imposé par les FSR à El-Facher entre mai 2024 et octobre 2025 a engendré une famine catastrophique, tandis qu'Amnesty indique également que des dizaines de civils ont été tués en tentant de fuir l'assaut du 26 octobre 2025. De nombreux rescapés témoignent d'exécutions, de viols, de tortures et de détentions de masse dans des conditions inhumaines.
Le conflit, qui oppose l'armée soudanaise dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane et les FSR sous le commandement de Mohamed Hamdane Daglo, a engendré des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon les estimations de l'ONU.
"La guerre au Soudan est une guerre déclarée contre les civils. El-Facher représente une honte que nous ne pouvons ignorer", a conclu Mme Callamard.







