Lundi a marqué un tournant sur les marchés de l’énergie alors que les prix du pétrole et du gaz ont littéralement explosé. Le conflit au Moyen-Orient, couplé aux premières frappes sur des installations essentielles au Qatar et en Arabie saoudite, a exacerbé la tension déjà palpable dans la région. Le détroit d'Ormuz, artère cruciale pour le commerce mondial, menace d'être paralysé, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l'approvisionnement international.
La référence internationale, le Brent, a connu une hausse vertigineuse de plus de 13 %, franchissant la barre des 82 dollars, un chiffre bien supérieur aux 60 dollars enregistrés en début d'année. Selon les analystes, le gaz européen a grimpé de plus de 50 % en une journée, restant toutefois en deçà des niveaux atteints suite au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ces hausses s’observent alors que le trafic maritime à travers le détroit d'Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est quasi interrompu.
Les attaques récentes des forces iraniennes sur des infrastructures énergétiques dans la région ont entraîné la suspension de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) par QatarEnergy et des opérations à la raffinerie de Ras Tanura en Arabie saoudite. Comme l'explique l'expert Sheel Bhattacharjee d'Argus Media, « environ 14 % du commerce mondial de produits raffinés et 19 % des tonnes de GNL transitent par ce point névralgique. »
Les conséquences de cette situation sont préoccupantes, notamment pour les marchés asiatiques, qui dépendent à 80 % des colis passant par le détroit. Cependant, l'Union européenne se montre moins alarmée, affirmant que la guerre actuelle n'implique pas de risques immédiats pour ses approvisionnements. L'expert Simone Tagliapietra de l'institut Bruegel souligne : « L'Europe est moins dépendante, mais cela ne signifie pas qu'elle est totalement protégée. Une concurrence accrue avec les acheteurs asiatiques pourrait survenir. »
Concernant les importateurs de pétrole, ceux-ci disposent théoriquement d'importants stocks. Cependant, si le transit via Ormuz venait à s'interrompre longtemps, le prix du baril pourrait atteindre les 100 dollars, avertit le cabinet d'analyses Eurasia Group. « Dans ce cas, les tensions inflationnistes risquent de se raviver, comme cela a été le cas début 2022 avec la guerre en Ukraine. »
En réponse aux menaces, l'Opep+ a décidé d'augmenter ses quotas de production de 206 000 barils par jour. Pourtant, cela pourrait être insuffisant si le passage stratégique reste fermé. Jorge Leon de Rystad Energy note : « Un ajout de cette ampleur est dérisoire si le pétrole ne peut pas passer par Ormuz. »
Des experts de l'analyse économique pensent néanmoins qu'une perturbation prolongée est peu probable tant que les hostilités ne s'intensifient pas. Cependant, à mesure que les tensions croissent, les ramifications sur les marchés mondiaux pourraient devenir inévitables.







