Une inquiétante escalade est observée à la frontière entre la Mauritanie et le Mali, où des incidents de violence se multiplient, suscitant une détérioration des relations diplomatiques. D'un côté, des décès de citoyens mauritaniens se sont produits sur le sol malien, de l'autre, des allégations de détentions de militaires maliens en Mauritanie ajoutent à la fronde.
Alors que le Mali tente de lutter contre divers groupes jihadistes et des indépendantistes touareg, la Mauritanie se positionne comme un havre de paix, accueillant de nombreux réfugiés. Cependant, la sécurité de cette frontière de plus de 2000 km, souvent perméable, est mise à mal par ces récents événements. Les tensions actuellement ressenties n'ont pas de précédent, renforcées par des accusations d'exactions militaires.
Mi-mars, l'armée malienne a rapporté que deux de ses soldats, enlevés par des groupes terroristes, s'étaient enfuis d'un camp de réfugiés en Mauritanie. Les autorités mauritaniennes ont réagi en condamnant ces affirmations, les qualifiant de "totalement infondées" et "profondément offensantes". Elles ont convoqué l'ambassadeur malien pour exprimer leur indignation officielle.
La Mauritanie, qui abrite des centaines de milliers de réfugiés fuyant les violences au Mali, subit des critiques de la part des autorités maliennes qui affirment gérer une situation délicate. Un diplomate malien, en poste à Nouakchott, a indiqué à l’AFP : "La junte malienne pense que la Mauritanie sert de repaire aux jihadistes".
Face aux décès de citoyens mauritaniens sur le territoire malien à la suite d'incidents répétés, Nouakchott a recommandé à ses éleveurs de rester éloignés du Mali pour éviter de nouveaux drames. Dans un communiqué, elle a fermement condamné ces actes, soulignant que la protection de ses citoyens était une priorité absolue.
Les tensions ont été exacerbées par un nouvel incident récent, où certains ont accusé l'armée malienne d'être à l'origine des violences. Bien que Bamako n'ait pas répondu officiellement, une source militaire a déclaré que des "terroristes" avaient été "neutralisés" lors des opérations menées en territoire malien.
La complexité de cette frontière dans le désert du Sahara rend difficile la compréhension des dynamiques locales, selon Amadou Sall, du groupe de réflexion Mauritanie Perspectives. Selon lui, "les populations locales vivent souvent au-delà des limitations politiques", créant des situations de tension régulières.
Les relations mauritano-maliennes ont été fragilisées depuis l'arrivée au pouvoir de la junte au Mali en 2020. En 2024, le ministre mauritanien de la Défense avait averti après des incidents ayant impacté des citoyens innocents au Mali. De plus, la Mauritanie a été accusée de manœuvres offensives, notamment des expulsions de migrants, y compris de Maliens, ce qui exacerbe encore un peu plus la situation.
Pour tenter d'apaiser la situation, une mission diplomatique avait été envoyée à Bamako l'année dernière. Un fonctionnaire malien a assuré travailler "avec nos frères mauritaniens pour résoudre ces différends". Du côté mauritanien, un haut fonctionnaire a insisté sur les efforts du président pour éviter une aggravation du conflit, particulièrement en raison des exactions contre les civils.
Selon Bakary Sambe, expert au Timbuktu Institute, le climat de tension est davantage conjoncturel que structurel, soulignant que la coopération entre les deux nations est indispensable pour faire face aux défis sécuritaires et terroristes. Les deux pays doivent unis pour élaborer des stratégies communes visant à la sécurisation de leur frontière et au traitement de la menace terroriste.







