L’élection de Youcef Cherchari à Casseneuil, fils de harki, et d’André Forget à Sainte-Livrade-sur-Lot, rapatrié d’Indochine, symbolise le métissage de la vallée du Lot et illustre une tragédie de l’histoire coloniale française.
Ils sont nés à plus de 10 000 kilomètres l'un de l'autre et à seize ans d'intervalle. Pourtant, les parcours de Youcef Cherchari et André Forget se reflètent. Le Lot-et-Garonne, riche de ses maires d'origine italienne, célèbre aujourd'hui des représentants qui défient les standards tout en restant profondément attachés à la laïcité.
1. Le déracinement familial
Le père de Youcef Cherchari était harki. À 15 ans, il servit comme supplétif de l'armée française, avant d'arriver en France en 1962 avec le capitaine Froument. Sa famille, arrivée d’Algérie par bateau, fut accueillie chaleureusement au village, sans passer par le camp de Bias. Beaucoup ont trouvé du travail à l’usine Cérébos, reconstruisant ainsi leur existence. Youcef, né à Casseneuil, a 46 ans aujourd'hui.
André Forget, quant à lui, est né en Indochine, à Saïgon. En 1956, il était un jeune enfant de 18 mois lors de l'accueil de sa famille au Centre d’accueil des rapatriés d’Indochine à Sainte-Livrade-sur-Lot.
2. Baigné entre deux langues
« Mes filles ne comprennent que quelques mots. Même avec mon vietnamien rudimentaire appris au Cafi, j'aurais dû plus leur parler », constate André, regrettant le manque de lien culturel. Youcef, lui aussi, émet une légère frustration sur la transmission de son héritage familial à ses enfants : « J'ai l'impression de ne pas avoir bien fait mon travail ».
« C’est très Gaulois le Lot-et-Garonne. C’est noble. On est devenus gallo-métisses. »
3. Le travail finit toujours par payer
La vie au Cafi, où l'on vivait reclus, enseigne des valeurs solides. « Au Cafi, on voulait toujours être au top. J'ai toujours eu l'impression de devoir travailler plus que les autres », raconte André. Youcef confirme, « Mes parents insistaient sur l'importance d’étudier. »
4. La laïcité, élément essentiel du vivre ensemble
Les deux hommes, mariés à des femmes d'origines diverses, insistent sur l'importance de la laïcité. « Elle doit être notre premier soldat, c’est le fondement de notre coexistence », affirment-ils. Leur expérience personnelle transcende les divisions culturelles, les reliant sur le terrain de l'entraide et de la mixité.
5. Racisme : un enjeu à surmonter
Malgré des incidents racistes rapportés durant leur campagne, Youcef et André préfèrent le dialogue à la confrontation. « Notre objectif est de montrer que la mixité et l'échange, ça paye », déclare Youcef.
6. Une mémoire partagée
« L'histoire du Cafi nous unit à nos origines. Ma mère serait fière », dit André. Youcef, en soulignant leur parcours commun, souhaite créer une mémoire qui honore ceux qui ont souffert tout en affirmant que « chaque mot compte dans le débat sur la diversité et son importance dans notre société ».
En s'engageant sur cette voie, ces deux maires réaffirment leur statut d'élus déterminés à soutenir une France unie dans sa diversité.







