Marine Le Pen a récemment interpellé Édouard Philippe sur X concernant sa politique énergétique, notamment vis-à-vis du nucléaire. C'est l'occasion de revenir sur son bilan, marqué par des décisions controversées.
Ses adversaires sont convaincus que le nucléaire représente le talon d'Achille de l'ancien Premier ministre. En effet, Marine Le Pen a ressuscité un débat qui semblait passé. Le 16 avril 2026, sur X, elle a partagé une vidéo d'un séminaire gouvernemental de janvier 2020, où Édouard Philippe exposait les mesures écologiques de son gouvernement, y compris la création des zones à faibles émissions (ZFE), désormais largement critiquées.
Parmi ces décisions, la fermeture de la centrale de Fessenheim, la plus ancienne de France, reste emblématique. Si Édouard Philippe n'a pas initié ce processus, il n'a pas choisi de l'interrompre non plus. Dans une réponse à Marine Le Pen, il a affirmé : "J'ai en effet fermé la plus vieille centrale de France, une décision inéluctable pouvant être attribuée à des choix de deux présidents, et validée par le suffrage universel." Il a ajouté qu'il avait prévu une relance du nucléaire, un sujet devenu tabou au sein de la classe politique.
Édouard Philippe a également rappelé à Le Pen ses déclarations passées. En 2011, suite à l'accident de Fukushima, elle avait déclaré que la sortie du nucléaire était envisageable « à terme », sans préciser de calendrier.
Une perception fluctuante du nucléaire
À son arrivée à Matignon en mai 2017, Édouard Philippe faisait face à des critiques de la gauche qui le soupçonnait d’être un fervent défenseur du nucléaire, voire un ancien lobbyiste de ce secteur. Le Monde titrait alors : "Édouard Philippe, un chef de gouvernement pas très 'vert' ", rappelant son passé comme directeur des affaires publiques d'Areva. Alexis Deck, ancien conseiller municipal EELV, citait Philippe affirmant qu'il privilégierait toujours l'emploi à l’environnement.
À cette époque, le nucléaire n'était pas à la mode et la gauche espérait que la France suive l'exemple d'Angela Merkel, qui avait décidé de sortir du nucléaire après Fukushima.
Le sort de Fessenheim : une pomme de discorde
La fermeture de Fessenheim, annoncée par Édouard Philippe lui-même le 15 janvier 2020, incarne des décisions controversées qu'il a dû prendre. Beaucoup se demandent s'il aurait pu interférer dans une décision déjà amorcée en 2012. Henri Alfandari, député d'Indre-et-Loire, a souligné que, dès lors que cette trajectoire était en cours, "Edouard Philippe ne pouvait pas faire marche arrière".
En 2022, Loïk Le Floch-Prigent, ancien président d'Elf Aquitaine, avait évoqué la faisabilité de la relance de la centrale. Cependant, Alfandari estime que les bénéfices risqués ne justifient pas une telle relance.
Édouard Philippe en a également profité pour dresser un bilan de sa politique énergétique, affirmant : "En tant que Premier ministre, j'ai mis un terme à l'objectif idéologique d'un mix énergétique de 50 % de nucléaire en 2025", propos qui n'ont pas manqué de susciter des interrogations sur la réalité de ce changement.
Guillaume Bigot, député RN, n’a pas manqué de pointer du doigt cette ambiguïté, faisant remarquer qu’Édouard Philippe a des difficultés à justifier ses choix en matière d'énergie, notamment la fermeture de Fessenheim, qu'il considère comme une erreur industrielle.
Le pragmatisme d’une transition énergétique qu’Édouard Philippe évoque en 2027 semblera inéluctablement contesté, et certains spécialistes, comme Henri Alfandari, attirent l'attention sur la nécessité d’un bon équilibre au sein du mix énergétique.
En terme de stratégie énergétique, le 100 % nucléaire et le 100 % renouvelable sont deux extrêmes, et selon François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique, "la filière nucléaire est essentielle à la prospérité du pays, se basant sur un approvisionnement stable et un long héritage en matière de réponse aux besoins énergétiques français".







