La nécessité d'une union des droites : entre défis et opportunités

Christophe Gomart appelle à l'unité des électeurs de droite pour 2027.
La nécessité d'une union des droites : entre défis et opportunités

L'ENTRETIEN POLITIQUE. Le député européen (LR) et ancien directeur du renseignement militaire, Christophe Gomart, aborde les enjeux de défense pour les 27 et l'importance d'une coalition à droite, plaidant pour le rassemblement autour de Bruno Retailleau.

Dans une récente tribune publiée dans Le Figaro, vous avez exprimé votre souhait d'une union des droites en vue des élections présidentielles de 2027. Pensez-vous toujours être à votre place au sein des Républicains, qui semblent se diriger vers une alliance avec le centre ? Je soutiens le rassemblement des électeurs de droite autour de Bruno Retailleau. Notre parti semble encore en quête d'identité. Trop souvent, la droite a adopté une politique de gauche, créant confusion et déception parmi ses électeurs.

Mon engagement auprès des Républicains aux élections européennes ne résultait pas d'un choix par défaut. Je ne m'y serais pas rallié sinon. Aujourd'hui, je suis derrière Bruno Retailleau, car il défend une droite claire : mérite, travail, ordre, sécurité, famille et nation. Il a clairement énoncé son refus d'une alliance avec le macronisme, une position qui correspond à une attente forte de l'électorat de droite.

La dynamique au sein d'une famille politique est marquée par des divergences d'opinion, mais le débat est essentiel. Une décision, une fois prise, appelle à un engagement collectif. Les armées fonctionnent selon ce principe : le débat précède la décision, mais la discipline suit. Une fois que l'ordre est donné, il faut avancer ensemble sous la direction du chef. Pour ceux qui désapprouvent, la sortie est une option.

Il est crucial que les électeurs de droite se rassemblent derrière leur leader, plébiscité par les sympathisants des Républicains, d'abord pour la présidence du parti, puis comme candidat aux élections présidentielles de 2027.

Bruno Retailleau est notre leader. Je travaillerai ardemment pour son succès.

Une mobilisation forte est indispensable, d’abord au sein des Républicains, puis envers d'autres familles de droite qui pourraient se joindre à cette dynamique. L'union des droites existe déjà, en effet, au Parlement européen où les partis de droite s'accordent sur des enjeux fondamentaux comme l'immigration et l'environnement. Pourquoi ces droites européennes se coordonnent-elles sur ces sujets ? Ce n'est pas une surprise. Lorsque des intérêts communs émergent, les partis de droite savent se rassembler.

J'ai constaté la disparition progressive du cordon sanitaire entre les différentes factions. Ainsi, les convergences s'épanouissent autour des questions cruciales telles que l'immigration et la compétitivité économique. Les députés français de droite ne sont jamais fermés à la coopération, mais chaque cas est étudié avec précaution. Par exemple, lorsque les intérêts des Patriotes ou du groupe ECR coïncident avec ceux du PPE, le vote est en général unanime.

Je note aussi une voie nouvelle : moins de luttes d'ego au sein des instances européennes. La priorité reste claire : défendre une France forte dans une Europe autonome. C'est pourquoi je plaide pour un accord formel entre les droites, autour d'intérêts communs et d'une vision stratégique partagée. Un projet solide exige une ligne directrice claire.

Récemment, vous avez organisé un colloque portant sur la résilience des familles ukrainiennes face à la guerre. Quel message ces témoignages envoient-ils à une Europe de l’Ouest épargnée par les conflits depuis 1945 ? Le colloque visait à souligner l'importance centrale de la famille durant les conflits, tant pendant la guerre que lors du retour à la paix. Mon expérience de soldat m’a enseigné qu'une famille est le soutien caché derrière chaque combattant, jouant un rôle crucial dans la reconstruction.

Les familles forment le socle de nos sociétés. Quand tout s'effondre, elles continuent à agir pour le bien commun.

Ce message a une portée émotionnelle puissante. Les familles ukrainiennes, témoins du conflit, ont démontré un courage exemplaire. Pensez à cette mère dont le mari combat au front : "La famille reste une source de force quand tout s'effondre. Elle guérira les blessures, dissipera les craintes et redonnera la joie."

Je me souviens également des paroles de l'évêque de Kamianets-Podilskyi, présent en Ukraine depuis 24 ans : "Il n'y a pas de paix sans justice, ni pardon." Cette exigence de justice résonne fort dans l'ensemble des conflits auxquels j'ai participé, que ce soit en Afghanistan ou en Irak.

L’Europe de l’Ouest profite d’un long répit. Cette stabilité a parfois conduit à occulter une vérité essentielle : une société solide repose sur des familles. Lorsqu'elle appelle à une politique familiale ambitieuse, cela ne relève pas du simple confort social, mais contribue à la résilience d'une nation.

Cependant, comment armer la population française et européenne face aux menaces guerrières actuelles ? Devrait-on s'inspirer du modèle suédois qui inclut la formation à la défense passive pour tous ses citoyens ? Préparer les citoyens français et européens à un risque de guerre nécessite un réarmement moral. Le monde est dangereux. Des générations ont grandi pensent que la paix est un état permanent, héritage d'une ère où la guerre froide témoignait d’un cadre stable. Cette croyance fausse fragilise la clarté collective. Une nation se doit d'affronter les menaces de manière lucide.

Cette préparation doit commencer dès le plus jeune âge. Les élèves doivent apprendre ce que signifie défendre leur pays, les devoirs qui en découlent et la notion d'engagement. Insérer des classes de défense dès le cursus scolaire permettrait d'insuffler une culture stratégique pérenne, tout en éveillant les consciences à des enjeux essentiels.

Je propose également d'introduire un service militaire volontaire d'un an, qui bénéficierait de conditions incitatives, telles qu'un accès facilité à des aides comme le permis de conduire et le logement ou des avantages dans l'accès à la fonction publique. Une nation mobilisée s'articule sur des citoyens formés.

De plus, la réserve doit être renforcée pour établir un lien direct entre la société civile et les armées. Ce modèle de réserve peut être soutenu par le service militaire et les entreprises. En multipliant les conventions, les employés pourraient ainsi effectuer leur service sans pénaliser leurs carrières. In fine, un réserviste apporte discipline, organisation et esprit d'équipe à son entreprise.

J’encourage vivement les Français à s’engager dans la réserve. C’est un acte concret et précieux au service de la nation. La préparation inclut aussi un récit national reconnu et enseigné. Une nation forte est fière de son histoire, tandis que le sentiment de repentance incessante sape le sentiment d’appartenance.

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Enfin, comment évaluer l'efficacité d'une réserve opérationnelle face à la crise du lien civique ? La réserve repose un maillon essentiel : entretenir une conscience collective. Pour beaucoup de jeunes, l’engagement a un sens et reflète un besoin d’acte significatif. La réserve opérationnelle fournit cette possibilité de servir le pays tout en développant un esprit de responsabilité, ce qui renoue avec un engagement envers le bien commun.

Elle rapprocherait individuellement toute une génération de la réalité des défis de la défense. Les entreprises jouent aussi un rôle fondamental en soutenant cet engagement, mais il est crucial que leur stratégie soit alignée avec la reconnaissance des compétences acquises par les réservistes.

Je suis pour une législation ambitieuse sur la réserve. Un projet législatif substantiel marquerait une nouvelle étape et clarifierait les objectifs de montée en puissance. Un État prêt à affronter les crises nécessite un investissement tangible dans ses réservistes.

Un récent sondage révèle une bonne nouvelle : 57 % des jeunes Français se disent prêts à défendre leur patrie en cas de conflit armé, bien plus que les 17 % observés dans des pays comme l’Allemagne ou l’Espagne. Rien n’est perdu, mais il est temps d’agir.

Pour conclure, l’idée d’une armée européenne, défendue par de nombreux opportunistes depuis les années 1950, est-elle encore réaliste ou complètement utopique ?
Il s'agit d'une chimère. Un soldat se bat pour son pays, son chef et sa culture. Un engagement militaire repose sur des valeurs, un commandement national. Une armée supranationale ne répond pas à cette réalité. Cependant, les unités multinationales peuvent fonctionner au sein de coalitions. Une armée européenne intégrée, sans fondations solides, est vouée à l’échec.

La France avait rejeté la Communauté européenne de défense dans les années 1950. Son choix reste cohérent.

En revanche, établir une architecture de défense pour l'Europe est vital. Elle doit penser et agir indépendamment des États-Unis et de l'OTAN, particulièrement à l'heure où le monde change.

Nous devons concrétiser un véritable état-major européen, capable de planifier des conflits majeurs. Les moyens sont présentent, mais requièrent un renforcement immédiat pour aligner nos préoccupations de sécurité.

Je prône le renforcement d'une structure de commandement capable de coordination entre États, tout en respectant la souveraineté nationale en matière de défense.

La France peut-elle conserver sa grandeur dans l'avenir ? La France retrouve sa grandeur lorsqu'elle adhère profondément à ses valeurs et son identité. Elle se disloque quand elle hésite ou cherche à se diluer dans des logiques fédérales.

Nous avons des atouts stratégiques : une dissuasion nucléaire, un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, une filière nucléaire incomparable, une industrie de défense forte et un réseau diplomatique mondial.

La grandeur n'est pas un concept nostalgique ; elle se fonde sur des ressources tangibles. La question se pose : sommes-nous prêts à utiliser ces atouts ? La France peut être un acteur pertinent dans cet ordre mondial en mutation, à condition de mettre fin à l'ambiguïté. Une ligne stratégique claire est essentielle pour défendre nos intérêts sur la scène internationale.

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