"Nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux" : le Parlement a validé ce lundi la restitution à la Guyane des restes de six Amérindiens conservés au Muséum d'histoire naturelle, 130 ans après leur mort dans les conditions dégradantes des "zoos humains".
L'Assemblée nationale a voté à l'unanimité cette proposition de loi transpartisane, déjà adoptée au Sénat et soutenue par le gouvernement, visant à "réparer une injustice vieille de plus d'un siècle", selon son rapporteur, le député de Guyane Jean-Victor Castor.
Il a souligné que c'est l'une des "pages les plus sombres de l'histoire coloniale française". En 1892, 33 Amérindiens des peuples Kali'nas et Arawaks avaient été emmenés en France sous de fausses promesses par l'explorateur François Laveau et exhibés vivants dans des "zoos humains" au Jardin d'Acclimatation de Paris. Huit d'entre eux avaient tragiquement succombé à l'hiver à cause de conditions de vie inhumaines.
Cinq ans plus tard, les dépouilles de six d'entre eux furent exhumées pour des études anthropologiques : quatre jeunes hommes, une femme enceinte et un adolescent. Au cours des débats, les députés ont rappelé leurs noms : Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo. Depuis, leur mémoire n'avait pas quitté les collections publiques.
"Des êtres humains réduits à des numéros d'inventaire, des objets de collection", a déclaré Frantz Gumbs (MoDem), affirmant que cette histoire pèse encore sur les épaules de leurs descendants.
"C'est un jour historique, nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux", a réagi avec émotion Corinne Toka-Devilliers, à la tête de l'association Moliko Alet+Po qui milite pour leur rapatriement et une inhumation digne sur leurs terres.
En avril, la ministre de la Culture Catherine Pégard avait promis de soutenir cette initiative en présentant la proposition de loi. Auparavant, un rapatriement était impossible en raison du principe d'inaliénabilité des collections publiques.
- "23.000 restes humains" -
En dépit de lois récentes qui offrent des dérogations, celles-ci ne s'appliquent qu'aux demandes d'États étrangers. La loi adoptée ne concerne que ces six dépouilles amérindiennes. Jean-Victor Castor espère qu'elle ouvrira la voie à d'autres restitutions d'outre-mer, rappelant qu’au Musée de l'Homme, plus de 23.000 restes humains restent non identifiés.
"Pourquoi acceptons-nous encore que d'autres ancêtres guyanais, caribéens, réunionnais, néo-calédoniens, polynésiens restent dans cet état d'abandon au nom de la science ?", s'indigne le député Renaissance Christophe Marion, défenseur d'une législation plus large pour faciliter les restitutions.
Le gouvernement a exprimé son intention de "donner suite" à cette initiative, sans précisions supplémentaires. Les débats ont également souligné les répercussions persistantes des "zoos humains" qui, entre 1877 et 1931, ont fait près de 30.000 victimes et ont servi à promouvoir une illusoire hiérarchie des races.
Des élus ont fait écho à l'héritage colonial encore prévalent, rappelant les répercussions des attaques racistes contre des maires lors des élections municipales. Les députés de Guyane ont également mis en lumière les promesses non tenues de l'État envers les peuples autochtones, notamment une promesse de 2017 d'attribuer 400.000 hectares à ces communautés, dont aucune restitution n'a été effectuée à ce jour.
Jean-Victor Castor a conclu sur l'importance d'une reconnaissance des peuples autochtones qui doit se traduire par des actions concrètes et significatives.







