À l'approche du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, le New Statesman publie un essai marquant du philosophe britannique John Gray. Dans ce texte, il s'interroge sur le sort du projet américain, dénonçant tant les élites que le progressisme.
En couverture de l'hebdomadaire londonien, un caricaturiste représente Donald Trump en Joker, avec un gâteau aux couleurs du drapeau américain qui prend feu sous l'effet des bougies fondantes. La célébration des 250 ans de l'Amérique met en lumière un pays dont l'édifice, bâti sur un optimisme rationnel et une foi collective, est désormais menacé par le délire et l’absurde, selon Gray.
Un vortex d’aventurisme militaire et économique
Gray décrit l'Amérique sous Trump comme un “vortex d’aventurisme militaire raté, de diplomatie clownesque et de mauvaise gestion économique, presque kleptocratique”. Pour lui, l'ascension du milliardaire n'est pas simplement le fruit du hasard, mais le résultat d'une érosion rapide de la confiance des citoyens envers leurs dirigeants, exacerbée par l'ère de mondialisation néolibérale.
Toutefois, le philosophe ne ménage pas la gauche américaine, pointant également sa part de responsabilité. Il argue que la crise actuelle n'est pas uniquement le produit des inégalités économiques croissantes, mais aussi d'une délocalisation industrielle qui a privé des millions d'Américains de leur place dans la société. Gray souligne que les taux de chômage et la montée des populismes révèlent une lutte pour un mode de vie perçu comme menacé par des élites progressistes.
Dans son analyse, il explique que la “guerre culturelle”, souvent dénoncée par les progressistes, est en réalité un dernier bastion de ceux qui voient leur mode de vie traditionnel se déliter. Près de la moitié des électeurs de 2024, jugés économiquement et moralement obsolètes, ont donc cherché refuge auprès de Trump.
Enfin, Gray conclut son essai avec une note paradoxale, affirmant que, malgré la “répétition d'absurdités”, l'Amérique a encore le potentiel de rester une force révolutionnaire sur la scène mondiale, capable de transformation grâce à son énergie indomptable.







