[Cet article a été initialement publié le 17 mars 2026 et mis à jour le 1er avril]
La Chine a établi sa présence dans 78 des 231 ports africains en activité, dont plusieurs sont déjà capables d'accueillir des navires de guerre, comme le rapporte The Daily Telegraph. Cette ceinture portuaire qui encercle l’Afrique permet à Pékin de garantir un approvisionnement en matières premières indépendamment des marchés occidentaux, rendant ainsi difficile toute tentative d'isolement.
Afin d’accroître sa présence maritime et militaire à l’échelle mondiale, la Chine développe des ports stratégiques sur les côtes africaines, conçus pour l’entretien de sa flotte. Des ports civils, souvent gérés par des entreprises publiques chinoises, revêtent désormais une double fonction : commerciale et militaire. Cette expansion maritime crée un réseau potentiel de bases navales à proximité de routes commerciales majeures, telles que le canal de Suez, attirant ainsi l’attention des experts en défense, qui craignent pour la sécurité de ces axes stratégiques.
Les ports développés par la Chine, tels que celui de Lekki au Nigeria, deviennent des pivots de commerce internationaux, bénéficiant d’investissements colossaux allant jusqu’à 660 millions de livres [754 millions d’euros]. Lekki a déjà enregistré plus de 9 milliards de dollars [7,65 milliards d’euros] de marchandises transitant par ses quais au cours des neuf premiers mois de 2025.
Avec une flotte militaire reconnue comme la plus importante du monde, la Chine continue à élargir son empreinte sur le continent. Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (Cesa), les entreprises chinoises sont liées à plus d’un tiers des ports commerciaux africains, surpassant largement leur engagement dans d'autres régions du globe. Cette emprise non seulement facilite l'accès aux matières premières telles que le cuivre et le cobalt – essentielles pour les technologies modernes – mais offre également des voies d’approvisionnement sécurisées en cas de tensions géopolitiques.
Benedict Hamlyn du Royal United Services Institute (Rusi) souligne que cette dynamique s’inscrit dans une “stratégie d’encerclement militaire progressif de l’Afrique”. En effet, alors que Pékin parvient à solidifier son réseau portuaire, les États-Unis semblent perdre leur prééminence dans cette région.
Les ports tels que Lekki, Luanda, Mombasa, Walvis Bay, Victoria et Dar Es-Salaam offrent aux forces navales chinoises des points d’appui stratégiques, permettant ainsi à Pékin de rivaliser plus efficacement avec Washington dans l’arène internationale. Alors que le gouvernement chinois dépeint ces préoccupations comme non fondées, les experts rappellent qu’un acteur étranger à la direction d’un port peut redéfinir les normes de souveraineté nationale.
Les tensions géopolitiques croissantes, illustrées par les démarches de Donald Trump pour limiter l'influence chinoise au Panama, amplifient encore plus la nature concurrentielle de cette portée stratégique. En ce sens, le développement des infrastructures portuaires par la Chine représente plus qu’une simple expansion commerciale; c’est un effort concerté pour cultiver des relations indépendantes, moins vulnérables à d’éventuelles sanctions.
Pékin, conscient de cette dynamique de pouvoir en évolution, voit également une opportunité d’apprentissage à partir des expériences d’autres nations, tel que l’exemple de la Russie face aux sanctions post-Ukraine. Pour Hamlyn, l’objectif ultime est clair : préparer la Chine à un monde où elle pourrait être isolée par l’Occident, tout en conservant des accès stratégiques aux ressources africaines.
En somme, la montée en puissance de la Chine à travers ses ports en Afrique modifie non seulement les équilibres économiques régionaux mais souligne également l’importance des routes maritimes comme nouveaux théâtres de conflit d'influence entre grandes puissances.







