À l'approche du printemps, la saison des assemblées générales bat son plein, lieux où se joue en théorie la “démocratie actionnariale”. Pourtant, cette année, l'assemblée générale de BP, prévue le 23 avril près de Londres, pourrait tourner au conflit, selon les avertissements de Mark van Baal, fondateur de Follow This, un collectif néerlandais d'actionnaires engagés dans la lutte contre le changement climatique, rapporté par CNBC.

En effet, BP a rejeté une résolution essentielle des actionnaires, qui appelait l'entreprise à clarifier sa stratégie pour maintenir sa valeur face à un probable déclin de la demande en gaz et pétrole. Il convient de rappeler qu'après avoir promis en 2019 de réduire sa production d'hydrocarbures de 25 % d'ici 2030, BP a récemment fait marche arrière en annonçant de vastes investissements dans ces mêmes secteurs.

Ce refus de soumettre la résolution au vote de ses actionnaires a constitué un véritable tournant. De plus, la firme prévoit d'organiser ses assemblées générales uniquement en ligne et envisage de révoquer deux résolutions antérieures exigeant la publication d'informations sur sa politique climatique, approuvées en 2015 et 2019.

Cette attitude a suscité l'indignation, même parmi les investisseurs traditionnels. Legal & General Investment Management, l'un des principaux actionnaires de BP, exprime une vive “préoccupation quant à un défaut de transparence”, qui entrave la capacité des actionnaires à évaluer les risques liés à la transition énergétique, comme le souligne The Observer. Ce gestionnaire a d'ailleurs annoncé son intention de voter contre le renouvellement d'Albert Manifold à la présidence, un poste qu'il n'occupe que depuis six mois.

Des organismes tels que Glass Lewis, une agence de conseil influente en matière de vote, et le Local Authority Pension Fund Forum, représentant des fonds de pension britanniques, exigent eux aussi la démission de Manifold. Ensemble, ils appellent à soutenir une résolution alternative, similaire à celle de Follow This, qui demanderait à BP de prouver que l'augmentation des investissements dans les énergies fossiles peut générer une valeur pour les actionnaires.

Pour l’heure, les doutes persistent. L'Agence internationale de l'énergie prévoit une baisse de la consommation de pétrole en 2026 due aux pénuries et à la hausse des prix engendrés par les tensions géopolitiques en Iran. De plus, à long terme, la demande en pétrole pourrait s'effondrer, avec une diminution projetée à partir de 2030 selon l'un des scénarios de l'agence.

Le président du Local Authority Pension Fund Forum a même exprimé son inquiétude, avertissant que “l'augmentation des investissements dans les énergies fossiles, en l'absence de preuves solides de viabilité économique, représente un risque considérable pour les épargnants.” Ce risque touche non seulement les investisseurs, mais également BP et ses homologues du secteur pétrolier.