Les vagues de chaleur touchent gravement notre faune aquatique, en particulier pendant les périodes estivales. En effet, avec l'augmentation des températures de l'air, les rivières se réchauffent également, créant des conditions parfois fatales pour de nombreuses espèces. Les poissons, comme tout être vivant, ont leurs limites en matière de tolérance à la chaleur, et ils doivent rechercher des zones plus fraîches pour survivre. Ces zones, appelées refuges thermiques, jouent un rôle vital dans le maintien de la biodiversité aquatique.
Bien que certains refuges soient le résultat de caractéristiques visibles, comme l'ombre que procure la végétation riveraine ou des gorges qui réduisent l'ensoleillement, de nombreux autres reposent sur une source moins visible : les eaux souterraines. En effet, après une longue sécheresse, l'alimentation des rivières provient largement des nappes souterraines, qui, grâce à leur refroidissement naturel, contribuent à maintenir une température stable tout au long de l'année. Cela crée des « anomalies thermiques » qui attirent différentes espèces aquatiques, offrant ainsi un refuge naturel.
Entre 2009 et 2022, les eaux des rivières en France se sont réchauffées d'environ 1 °C, un phénomène qui pourrait s'accentuer avec le changement climatique. Cela soulève des inquiétudes quant à l'avenir des refuges thermiques. Qu'en sera-t-il de leur capacité à offrir un abri dans un contexte de réchauffement général ?
Trois refuges thermiques étudiés dans le bassin du Rhône
Le projet ESTHER, soutenu par le BRGM et l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, a permis de mener une étude approfondie sur trois refuges thermiques dans le Rhône. Ces sites se distinguent par leur interaction avec des nappes aquifères :
- Le fleuve Argens en Provence verte, qui s'écoule à travers des formations calcaires et bénéficie de sources localisées appelées « bouillidous ».
- Le Drac, qui dépend fortement des neiges fondantes du massif des Écrins et interagit avec sa nappe d'accompagnement.
- La Veyle, dans la région des Dombes, qui tire son alimentation de la nappe de l'aquifère local.
Pour quantifier l'effet des eaux souterraines sur ces refuges, des capteurs autonomes ont été disposés tout au long des rivières observées, mesurant en continu les variations de température. Des stations météorologiques ont également été installées pour corréler les données thermiques avec les conditions climatiques.
Malgré la difficulté d’accéder à ces sources cachées, l'équipe de recherche a déployé des dispositifs spécifiques pour mesurer les températures et la conductivité électrique sous l'eau.
Les résultats ont démontré que lorsque les eaux souterraines affluent en quantité suffisante, elles stabilisent la température de la rivière et créent un environnement propice à la vie aquatique. Ces données précieuses permettront d’anticiper l’impact des changements climatiques sur les refuges naturels et de calibrer les modèles de prévision.
Les conclusions tirées mettent en lumière l'importance cruciale de préserver les sources d'eau souterraine et de développer des stratégies d'adaptation face à ces défis environnementaux.
Nous remercions l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, ainsi que tous les partenaires impliqués dans ce programme essentiel pour la préservation des écosystèmes aquatiques.







