Suite au traumatisme suscité par l'affaire Lyhanna, les juridictions corses s'attachent à vérifier et recenser les procédures concernant les violences sexuelles sur mineurs. Depuis la réunion des procureurs généraux initiée par Gérald Darmanin, les magistrats insulaires ont confirmé leur engagement à faire de ce sujet une priorité.
Le corps de Lyhanna, collégienne de 11 ans, a levé le voile sur des manquements inquiétants au sein du système judiciaire français. Malgré les plaintes évoquées à l'encontre du principal suspect, celui-ci n'avait jamais été interrogé. Pour remédier à cette situation, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d'examiner attentivement tous les dossiers relatifs aux enfants d'ici au 14 juillet. En Corse, des mesures avaient déjà été anticipées.
Jean-Jacques Fagni, procureur général près la cour d'appel de Bastia, a indiqué qu'une directive a été émise dès vendredi à l'exploitation des dossiers existants. Il a également appelé à s'assurer du bon traitement des plaintes en cours. "Notre mission est de garantir qu'aucune procédure ne reste sans suite", a-t-il déclaré.
Un recensement engagé avant les consignes de la Chancellerie
Bien qu'il n'ait pu être présent lors de la réunion à Paris, Jean-Jacques Fagni a précisé que cette dynamique était déjà en cours. "Il est crucial de savoir quel est le volume des dossiers relatifs aux abus sur mineurs", a-t-il ajouté, soulignant que le combat contre ces violences constitue une priorité cruciale de leur politique pénale.
Les magistrats ont également observé une augmentation des signalements, souvent liée à un relâchement de la parole, où des affaires restées dans l'ombre commencent à émerger. "Il est évident que les changements sociaux et une plus grande sensibilisation aidant, davantage de victimes se sentent maintenant capables de parler", a commenté Jean-Jacques Fagni.
Les statistiques révèlent une hausse de 2,2 % des plaintes pour violences sexuelles en Haute-Corse. En 2025, près de 89 affaires ont été portées à la connaissance des autorités, et déjà 48 nouvelles affaires ont été enregistrées au cours des cinq premiers mois de 2026. À Ajaccio, environ une centaine de cas de mineurs victimes de violences sexuelles sont en cours d'examen.
Recueillir la parole des enfants
Un des défis majeurs reste le recueil de la parole des victimes mineures. Le procureur Nicolas Septe a fait remarquer la complexité de ces procédures qui exigent du temps. À cet effet, plusieurs unités spécialisées ont été mises en place, comme l'Unité d'accueil pédiatrique en danger à Ajaccio et les salles "Mélanie" pour recueillir des témoignages dans un cadre adapté.
Pour renforcer l'efficacité de ces interventions, la formation de professionnels dédiés à l'enfance est essentielle. "Nous devons nous assurer que les enquêteurs soient spécifiquement formés pour traiter ces questions sensibles", a insisté Jean-Jacques Fagni.
Des moyens renforcés mais des besoins persistants
Les magistrats reconnaissent des progrès réalisés, mais ils soulignent que les moyens sont encore insuffisants. "Nous regrettons de ne jamais pouvoir disposer de ressources assez importantes", a déclaré le procureur. Avec l'afflux récent de nouveaux magistrats dans divers parquets, les défis restent nombreux, notamment le manque de pédopsychiatres ou d'experts psychologiques pour faire face à la situation.
Bruno Questel, avocat et ex-membre de la Ciivise, est d'accord, affirmant que ce phénomène est répandu partout et que l'affaire Lyhanna a mis en lumière des enjeux longtemps négligés. "Il ne reste plus silencieux face à ces violences, il est crucial d'en parler", a-t-il souligné.
Restaurer la confiance
Dans ce climat de tension suscité par l'affaire Lyhanna, les magistrats cherchent également à établir un dialogue avec les associations. Une rencontre significative est prévue entre la présidente de Donne di Corsica, Laetizia Costantini, et les dirigeants judiciaires. De plus, des discussions s'engageront avec des structures de protection de l'enfance pour échanger sur les attentes face à la justice.
En conclusion, Jean-Jacques Fagni rappelle aux victimes qu'il est essentiel de se manifester directement auprès de la justice. "Ces faits doivent être portés à la connaissance des autorités" pour garantir une protection adéquate des plus vulnérables face à ces abus, afin d'assurer le lien de la confiance avec le système judiciaire.







