A l'occasion des 10 ans du parc naturel marin du Cap Corse et des Agriate, Madelein Cancemi, directrice déléguée, fait le point sur une décennie d'engagements.
Le réchauffement climatique ne se limite pas à l'atmosphère. Les océans, eux aussi, voient leur température grimper à une vitesse inquiétante. Alors que nous célébrons la Journée mondiale de l'océan, le 8 juin, il est essentiel de prendre conscience des impacts de ces changements sur l'environnement marin et sur l'humanité.
Après une année 2024 marquée par des records de chaleur, les scientifiques se montrent vigilants face à l'évolution des températures maritimes. L’Organisation météorologique mondiale prédit une probabilité de 80% d'un épisode El Nino entre juin et août 2026, un phénomène climatique connu pour son impact sur les écosystèmes. Quels en seraient les effets pour la Méditerranée et les côtes corses ? Pour en discuter, nous avons rencontré Michel Marengo, directeur scientifique de la STARESO, la Station de Recherche Océanographiques et sous-marines de Calvi.
RCFM : "L'Observatoire européen Copernicus signale que les océans atteignent des températures records. Quels risques cela pose-t-il pour la Méditerranée ?"
Michel Marengo : "La situation est effectivement préoccupante. En Corse, les températures dépassent souvent les 30 degrés, et nous observons une augmentation des événements de "canicules marines", avec des répercussions sur la biodiversité. À court terme, l'augmentation des températures marines entraînera une dilution thermique, et donc une élévation du niveau de la mer, qui à long terme pourrait éroder nos côtes. Pour la vie marine, cela pourrait entraîner des mortalités massives et l'émergence d'espèces invasives, notamment depuis les canaux de Suez et de la mer Rouge qui pénètrent notre écosystème."
Mais ces changements ne sont pas que théoriques. Récemment, vous avez observé l'apparition de nouvelles espèces, comme ce ton jaune pêché au large de Bastia. Que nous réserve l'avenir ?
Michel Marengo : "Nous observons déjà un déplacement des espèces vers de nouvelles zones géographiques. La méridionalisation, où les espèces d'eaux chaudes migrent vers le nord, ainsi que la tropicalisation, où de nouvelles espèces s'établissent, est désormais une réalité. Des espèces comme le dorat ou le poisson perroquet, qui étaient absentes il y a quelques années, commencent à se répandre dans nos eaux."
Les experts prédisent une 2027 potentiellement plus chaude que 2024. Quelles en seraient les implications ?
Michel Marengo : "L'avenir de nos océans est crucial pour nous tous. Un océan en bonne santé nourrit une grande partie de la population mondiale, et la surexploitation pourrait se traduire, selon les estimations, par une baisse de 20% de la productivité mondiale d'ici à 2100. En d'autres termes, un pêcheur d'Ajaccio qui prend aujourd'hui 10 poissons ne pourrait en attraper que 8 dans quelques décennies. La crise climatique ne nous touche pas seulement à un niveau environnemental, mais va également générer des migrations, des tempêtes dévastatrices, et mettre en péril nos écosystèmes marins."
Et face à cela, que faire ? De nombreux citoyens se sentent impuissants face au changement climatique.
Michel Marengo : "C'est naturel de ressentir de l'éco-anxiété, mais il ne faut pas perdre de vue que chaque action compte. Je suis convaincu que chacun peut contribuer à changer les choses. C'est un mouvement collectif qui doit se traduire par des interventions à différents niveaux, en encourageant les collectivités et les gouvernements à agir. Selon les rapports du GIEC, il n'est pas trop tard pour changer notre trajectoire. Ensemble, nous avons la capacité de faire bouger les lignes et d'apporter des solutions durables pour notre planète."







