Le 13 juin prochain, la ville d’Ajaccio vibrera aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’association LGBTI+ Arcu Corsica organise la quatrième édition de sa marche des fiertés, connue localement sous le nom de « marchja di e fiertà ». Cet événement, soutenu par une vingtaine de collectifs et d’associations, vise à célébrer la diversité et à dénoncer les discriminations persistantes envers la communauté queer. Alors que la première marche des fiertés à Paris remonte à 1977, la Corse, avec son histoire et ses traditions, reste pércluse par un fort tabou.
« Beaucoup de personnes de la communauté LGBTI+ se sentent invisibilisées », témoigne Eva, 33 ans, membre d’Arcu depuis quatre ans. Elle ajoute : « On organise cette marche pour faire entendre notre voix et revendiquer nos droits. » En prélude au défilé, des films queer seront projetés dans plusieurs cinémas à Ajaccio et Bastia. La présence d’une délégation sarde lors de l’événement témoignera d’un soutien mutuel entre ces deux îles méditerranéennes.
Un défi culturel et social
La militante souligne les difficultés rencontrées par la communauté : « Être qui l'on veut est une chose, mais en parler en est une autre ». Avec une culture traditionnelle bien ancrée, il est encore délicat d'afficher son identité sexuelle en Corse. Les préjugés sont nombreux. « Les gens n’osent pas se revendiquer comme homosexuels ou transgenres », confie un autre membre de l'association sous couvert d’anonymat. Les comportements cachés entraînent une situation où moins de personnes se présentent pour des dépistages.
Alors que l’association a lancé sa première marche, elle ne savait pas comment elle serait perçue. « Nous avons reçu de nombreux messages de soutien », se souvient Eva. Cela montre que même ceux qui vivent à l'extérieur de l'île ressentent le besoin de rentrer pour cet événement. Cependant, certains Corses, surtout les plus âgés, choisissent souvent l'exil pour vivre leur véritable identité. « Les personnes transgenres se retrouvent souvent sans choix, faute de médecins disponibles sur l'île », ajoute la militante.
Un soutien nécessaire
Malgré des réactions parfois hostiles, la marche des fiertés devient progressivement un rendez-vous incontournable. Julia Torlet, présidente de SOS Homophobie, explique : « La visibilité est primordiale pour construire une communauté. Plus on reste dans l’ombre, plus il est difficile de se rassembler. » Elle souligne aussi que la situation en Corse n’est pas isolée, possédant des échos dans d’autres régions où les dynamiques urbaines et rurales créent des tensions similaires.
La mission d’Arcu est claire : devenir un pilier pour la communauté LGBTI+ en apportant soutien et visibilité. « Cette marche est une réponse à ceux qui pensent que les questions LGBTI+ n’existent pas en Corse », conclut Eva. « Nous sommes là, et nous voulons vivre pleinement notre identité ici. »







