TRIBUNE. Les violences antireligieuses en France progressent, touchant toutes les confessions. Constance Avenel, chercheuse associée, souligne que le premier bilan national publié par Beauvau ne va pas au-delà d’un simple état des lieux, et qu'il appelle à une réflexion plus profonde.
« Ces actes ne sont pas des faits isolés. Ils illustrent une réalité préoccupante : la haine antireligieuse progresse et touche tous les cultes, partout sur notre territoire. » C’est avec ces mots que Laurent Nuñez introduit le premier bilan national des actes antireligieux (2010-2025) dévoilé le 29 mai dernier.
Un antisémitisme en croissance alarmante
Ce rapport révèle une augmentation marquée des actes antireligieux, totalisant 2 489 incidents pour l'année 2025, tous cultes confondus. L'antisémitisme représente la majorité avec 1 320 actes, soit plus de la moitié du total. Suivent les actes contre les chrétiens, évalués à 843 cas et en hausse de 9 %. Les actes antimusulmans, bien que minoritaires (326 cas), ont également connu une augmentation significative, selon l'ADDAM (Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans).
Plus que la simple hausse des chiffres, c'est leur intensification qui nécessite une attention particulière. Les violences contre les individus augmentent avec des incidents choquants comme le meurtre d'Ashur Sarnaya, chrétien irakien, à Lyon le 10 septembre.
Des réponses insuffisantes face à une réalité préoccupante
Malgré 47,8 millions d'euros investis depuis 2015 pour sécuriser des lieux de culte et faciliter le dialogue via le Bureau central des cultes, les efforts se révèlent insuffisants. Selon des experts, la réponse de l'État demeure largement sécuritaire, négligeant les racines culturelles et éducatives de cette violence.
La réponse de l’État demeure essentiellement sécuritaire, sans aucune réflexion sur les ressorts culturels et éducatifs.
La DILCRAH (délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et la haine anti-LGBT+) dispose d'une structure et d'un plan d'action, mais il n'existe rien de semblable pour les chrétiens, rendant la France l'un des pays européens les plus touchés par ce phénomène.
Une analyse à revoir pour un avenir différent
Les mesures actuelles ne répondent qu'aux symptômes sans aborder les causes sous-jacentes de cette banalisation croissante des violences contre les chrétiens. La philosophe Bérénice Levet a souligné le risque d'une tendance vers un pouvoir où le discours prime sur l'action concrète.
En somme, ce bilan laisse un sentiment d'inachevé. Pour un pays avec une histoire chrétienne aussi riche, le moment est venu d'agir plus vigoureusement contre cette montée de la haine antireligieuse.
*Constance Avenel est chercheuse associée au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ).







