La Corse pourrait-elle devenir "autonome" ? C'est la question qui anime les débats, alors que l'Assemblée nationale se penche ce mardi sur une proposition visant à donner à l'île davantage de pouvoirs. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a appelé à une réflexion constructive au sein de l'hémicycle, mettant en lumière la nécessité d'un équilibre entre les aspirations corses et l'unité de la République.
En fin de journée, les discussions autour d'un potentiel "statut d'autonomie au sein de la République" entreront dans le vif du sujet, avec un objectif ambitieux : obtenir l'aval de 3/5e des parlementaires réunis en congrès à Versailles. Ce débat, lancé sur l'initiative d'Emmanuel Macron après des événements tragiques sur l'île, pourrait marquer une étape décisive.
D'après des sources gouvernementales, le Premier ministre a évoqué lors d'une réunion que, bien que des opinions variées existent au sein de sa majorité, il souhaite que la proposition aboutisse. En effet, ce texte pourrait instaurer des dérogations spécifiques pour la Corse, conformément à ses caractéristiques géographiques et culturelles.
La proposition contiendrait des dispositions permettant à la collectivité de Corse d'adopter certaines lois et règlements. Toutefois, ces mesures sont source de controverses, particulièrement en ce qui concerne la définition des "intérêts propres" à l'île, comme l'a souligné Corse-Matin. Les termes « communauté » et « attachement à sa terre » seront scrutés avec attention, tant pour leurs implications juridiques que politiques.
Laurent Marcangeli, député de Corse-du-Sud, estime que le "pacte républicain doit s'adapter à la réalité spécifique de la Corse", un territoire aux besoins distincts, confronté à la dualité des lois sur la montagne et le littoral. Les domaines concernés par d'éventuelles dérogations, comme l'aménagement du territoire et le développement économique, seront au cœur des échanges.
Cependant, certains députés, comme François-Xavier Ceccoli (LR, Haute-Corse), expriment de vives préoccupations quant à la sécurité et à l'influence de la criminalité organisée sur les élus corses, citant un avis du Conseil d'État qui préconise une exclusion des compétences régaliennes du champ des dérogations.
En réponse aux critiques, Marine Le Pen a proposé une approche alternative, suggérant que c'est au gouvernement de définir les capacités dérogatoires, afin de préserver l'intégrité des lois nationales. La ministre de la Décentralisation, Françoise Gatel, a tenté de rassurer en affirmant que la Corse resterait soumise au droit français et à la législation européenne.
Malgré les doutes, le gouvernement pourrait s'appuyer sur une "large majorité" de députés indépendants et sur le soutien potentiel des socialistes, dont les positions restent encore incertaines, tout en faisant face à des voix discordantes parmi les Insoumis et les écologistes, qui exigent des garanties environnementales avant de soutenir la mesure.







