Pour la première fois depuis plusieurs années, un congrès musulman a été autorisé à se tenir près de Paris, mais seulement quelques heures avant son ouverture. La justice administrative a tranché vendredi, déclarant que les inquiétudes soulevées par le préfet de police concernant l'ordre public n'étaient pas fondées.
"Le tribunal a annulé l'interdiction de la Rencontre annuelle des musulmans de France, soulignant que l'exercice de la liberté d'expression est essentiel à la démocratie", a déclaré un porte-parole du tribunal administratif de la capitale, selon lequel les manifestations de la liberté d'expression ne doivent pas être entravées sans preuves solides.
Le Congrès du Bourget, organisé par Musulmans de France (MF), débutera comme prévu à 14h et se poursuivra jusqu'à lundi. Ce rassemblement comprendra des conférences, expositions et stands commerciaux, et marquera le grand retour de cet événement biennal, suspendu durant six ans en raison de la pandémie et d'autres difficultés rencontrées par l'organisation.
La préfecture avait formulé des réserves considérant le contexte international et national sensible, évoquant des risques de troubles, notamment de la part de groupes d'extrême droite. Cependant, la décision du tribunal s'appuie sur le constat qu'aucune menace réelle n'avait été établie.
Les juges ont également signalé que les mesures de sécurité mises en place par les organisateurs devaient être prises en compte, rejetant l'idée qu'une mobilisation exceptionnelle de la police était nécessaire. Cette décision a été saluée par Sefen Guez Guez, l'avocat de Musulmans de France, qui a déclaré que c'était "une victoire pour l'État de droit" et une juste reconnaissance de la légalité de l'événement.
Guez Guez a évoqué lors de l'audience que l'interdiction était davantage basée sur des considérations politiques, allant à l'encontre de la liberté d'expression, et a affirmé que cette décision était en résonance avec un projet de loi sur le séparatisme récemment annoncé par le ministre de l'Intérieur.
Avec 1.700 réservations déjà effectuées, les organisateurs s'attendent à attirer un public important. Le Congrès du Bourget a historiquement attiré jusqu'à 170.000 personnes lors de ses éditions précédentes, bien que la participation ait baissé ces dernières années.
La polémique a également suscité des réactions au sein du milieu politique, certains dénonçant un "deux poids deux mesures" en matière de prise de décision. Bien que les représentants de la préfecture soutiennent que la priorité est la sécurité publique, certains craignent que ces mesures soient perçues comme des mesures anti-musulmanes.
Ainsi, alors que le Congrès s'ouvre, il se place au cœur des inquiétudes d'une communauté musulmane de France, comprenant entre 5 et 6 millions de personnes, et qui a observé une montée des actes antimusulmans depuis quelques années.







