Le gouvernement a décidé d'imposer un plafonnement des marges des distributeurs de carburant, par décret, dans le but de freiner l'augmentation des prix observée depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Cependant, cette initiative est accueillie avec scepticisme par les habitants de Corse.
Aujourd'hui, le sans-plomb 95 est affiché à environ 1,99 € le litre, tandis que le diesel atteint 2,25 €, restant bien au-dessus de la moyenne nationale. Malgré ces prix jugés élevés, la réaction des consommateurs corses est plutôt tiède.
Les professionnels de l'île affirment déjà avoir des marges très limitées. Jean-François Giamarchi, gérant d'une station-service à Bastia, souligne : « Nous ne dépassons pas 10 centimes par litre. » Dans sa station de Lupino, il précise même qu'il doit se réduire encore plus : « Il faut beaucoup plus pour qu’une station soit rentable. »
Certaines enseignes, comme Total, profitent d'un bouclier tarifaire. D'autres, comme Vito, adoptent des prix plafonnés qui varient au jour le jour, permettant ainsi à leurs distributeurs de s'ajuster aux tarifs de la concurrence. Frédéric Sauli, porte-parole d'un collectif de pompistes récemment formé, s'inquiète des accusations portées contre sa profession : « Nous faisons souvent figure de bouc émissaire. Aujourd'hui, nos marges fluctuent entre 2 et 7 centimes par litre, contre 7 à 8 centimes avant la crise. »
Une mesure complexe
Pour de nombreux acteurs du secteur, le dispositif de plafonnement s'annonce complexe à mettre en œuvre. Un patron d'une entreprise à Porto-Vecchio le qualifie d'« usine à gaz », voyant en cela une tentative de l'État pour apaiser les tensions sociales.
Du côté des consommateurs, les avis sont partagés. Alexandre, un motard de 40 ans, critique la fiscalité sur les carburants : « C'est à l'État de baisser les taxes. Avec ce plafonnement, ce sont les petits qui subissent. » Notons que le taux de TVA sur les carburants en Corse est de 13 %, contre 20 % sur le continent depuis 1986.
De son côté, Joseph, un chauffeur routier de 73 ans, exprime son indignation face à ces tarifs jugés insoutenables : « On ne peut pas travailler comme ça. C'est honteux. » À l'inverse, certains entrepreneurs voient un avantage à cette mesure. Laurent, responsable de maintenance dans l'agroalimentaire qui gère une flotte de 14 poids lourds, note : « Chaque centime au litre compte. Nous dépensons plus de 1 000 euros de gasoil par jour. »
Des marges plafonnées jusqu'au 31 août
Pour l'heure, les modalités d'application du décret ne sont pas encore précisées par Matignon. Toutefois, le projet de texte annonce que le plafonnement des marges sera effectif jusqu'au 31 août 2026. Les entreprises de distribution s'interrogent sur la viabilité de ce dispositif et l'impact qu'il aura sur les prix de demain.







