[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 6 avril 2026 et republié le 20 mai]
En Afrique, le nationalisme associant ressources et matières premières impacte celles dédiées à la Chine, la forçant à naviguer un environnement de plus en plus complexe, particulièrement face à un rival comme Washington. Le South China Morning Post souligne que les nations africaines se dirigent vers un modèle de transformation de leurs matières premières sur leurs propres terres, privilégiant le traitement local plutôt que l'exportation de ressources brutes à l'étranger.
En conséquence, les pays africains dotés de richesses naturelles “exercent un contrôle croissant sur les minéraux critiques afin de maximiser leurs retombées économiques nationales”. Cela représente une nouvelle voie pour ces États visant à générer une richesse durable dans le secteur minier au-delà du simple modèle extractif.
“Ces mesures politiques sont cruciales,” remarque l’analyste Christopher Edyegu pour Mining.com.
“Le paysage minier africain subit une transformation, et la tendance au nationalisme des ressources est plus probable de s’accentuer en raison de la compétition géopolitique pour les matières premières essentielles.”
Un modèle en pleine expansion
Pionnier dans cette voie, le Zimbabwe a décidé de suspendre en février l’exportation de minerais de lithium brut pour encourager sa transformation sur place. Cette initiative vise à attirer les sociétés minières à investir dans des infrastructures locales plutôt que de se contenter d’extraire de simples matières premières. Cela devrait, en retour, générer des retombées économiques plus avantageuses pour le pays.
Ce métal, prisé pour la fabrication de batteries, est vital pour la Chine, qui dépend du Zimbabwe pour près de 15 % de son approvisionnement en concentré de lithium. Les nouvelles restrictions imposées par Harare ont ainsi eu un impact direct sur le marché, avec une hausse rapide des prix.
La République démocratique du Congo (RDC) a aussi imposé des restrictions sur les exportations de cobalt, vital pour la Chine, fournissant 70 % de son approvisionnement. Les autorités congolaises, en agissant ainsi, ont également gravement affecté l’économie chinoise en forçant leurs entreprises à recourir à leurs stocks nationaux.
Ailleurs sur le continent, d'autres pays comme la Namibie, la Tanzanie et le Malawi s’alignent sur cette tendance, imposant des obligations de raffinage local et interdisant l'exportation de matières brutes. Le Ghana envisage également de cesser ses envois de bauxite et de lithium d'ici 2030.
L'adaptabilité chinoise face au changement
En réponse à ces nouvelles régulations, la Chine ajuste ses stratégies. D’après Semafor, Pékin a demandé à ses entreprises opérant au Zimbabwe de se conformer aux nouvelles lois, orientant ainsi vers un investissement plus durable sur le territoire africain.
Le groupe Sichuan Yahua a commencé à construire une usine de sulfate de lithium au Zimbabwe, tout en continuant à exporter des concentrés du pays, conforme aux nouvelles exigences, comme l’annonce Bloomberg.
En RDC, un nouveau mémorandum signé en mars entre la Chine et la RDC établit des directives claires pour les investissements miniers, incluant le respect des lois locales, comme le souligne le SCMP. Cela témoigne d'une flexibilité croissante de la Chine face aux évolutions des politiques africaines, une approche nécessaire pour maintenir des relations équilibrées alors que les pays cherchent à tirer profit de leurs richesses naturelles.
Une compétition accrue pour les ressources africaines
Selon Modern Diplomacy, cette dynamique accrue pose la question de l'avenir des chaînes d'approvisionnement chinoises face à la montée du nationalisme économique en Afrique. La juxtaposition entre les interdictions de l'exportation de lithium brut du Zimbabwe et les mesures de facilitation commerciale prises par la Chine à l'égard de 53 pays africains, montre la complexité de leurs intérêts communs, alors qu'ils cherchent chacun à maximiser leurs bénéfices respectifs.
Enfin, la Chine multiplie les initiatives pour renforcer ses liens économiques avec l’Afrique en réponse à une rivalité croissante avec les États-Unis concernant l'accès aux ressources. Pratiquement 600 événements sont planifiés pour l’Année sino-africaine des échanges, marquant 70 ans d’amitié entre les deux régions, comme le rapporte le Mail & Guardian.
China adopte une vision collaboratrice, évoquant un partenariat “gagnant-gagnant”, enraciné dans une histoire commune remontant aux luttes des mouvements de libération africains, comme l’explique David Monyae, professeur à l’université de Johannesburg.







