Débattu à l'Assemblée, le projet de loi d'urgence agricole ne fait pas l'unanimité dans la Vienne. Si certains y voient des avancées, d'autres dénoncent une dérive vers l'agrobusiness.
Les agriculteurs de la Vienne, déjà confrontés à des difficultés, ont des visions divergentes concernant le projet de loi d'urgence agricole qui est actuellement en discussion à l'Assemblée nationale.
« Au vu des documents préliminaires que nous avons examinés, certaines propositions semblent aller dans la bonne direction, » note François Turpeau, président de la Coordination rurale de la Vienne. « Toutefois, les ajouts effectués par la députée Lisa Belluco risquent de compliquer notre quotidien plutôt que de le faciliter. »
« Il n'y a rien à garder de cette loi d'urgence »
Laurence Guichard, coporte-parole de la Confédération paysanne de la Vienne, a une opinion moins optimiste concernant le projet de loi : « Nous pensons qu'il n'y a rien à conserver dans cette loi d'urgence, » déclare cette paysanne boulangère établie à Ayron. « Bien qu'elle soit censée répondre aux préoccupations des agriculteurs en matière de revenu, très peu de mesures en ce sens sont présentes, hormis le titre 4. Au contraire, elle ouvre la porte à davantage d'agro-industrie en simplifiant les procédures pour les grands élevages et les mégabassines. »
Elle critique également : « Il est surprenant qu'un préfet puisse remettre en question des décisions juridiques. Ce texte semble refléter une poussée vers un agrobusiness débridé, écrit sous l'influence de la FNSEA. »
À l'opposé, Benjamin Aucher, président des Jeunes agriculteurs de la Vienne, trouve certains aspects du texte prometteurs : « La première partie souligne des initiatives que nous avons prises. Cependant, nous avons des réserves sur les modifications apportées concernant la gouvernance de l'eau. »
La question du revenu en suspens
Concernant la protection des produits européens, Aucher souligne : « Favoriser des produits de l'UE plutôt que ceux provenant de plus loin est positif, mais cela n'assure pas une augmentation des revenus pour nos exploitations. »
La Coordination rurale partage également des réserves sur les mesures visant le revenu : « Nous avons besoin d'une visibilité à moyen terme, » insiste Turpeau. « Les agriculteurs en ont assez des aides conditionnelles soumises à des contrôles excessifs. Les contrôles devraient d'abord se concentrer sur les importations, afin de protéger nos productions nationales. »
La question de l'autonomie alimentaire est cruciale pour la Confédération paysanne, mais elle est abordée différemment : « Nous défendons une agriculture qui nourrit nos territoires, mais cette loi semble menacer notre environnement et l'installation de nouveaux agriculteurs. Nous assistons à une accélération de la désertification des campagnes. »
« Ce qu'on demande, c'est d'être protégé »
Après sa rencontre avec le préfet, Turpeau insiste sur la nécessité de protéger les agriculteurs : « Nous souhaitons des moyens pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique, pouvoir gérer nos ressources en eau et irriguer nos cultures. Il est crucial que cette loi ne soit pas un énième échec, car le désespoir grandit dans nos campagnes. »
Ce récent débat sur la loi d'urgence agricole a également soulevé la question du mal-être parmi les agriculteurs, exacerbée par la hausse des charges et la pression réglementaire. Dans un communiqué, la Coordination rurale a exprimé son intention de continuer à se battre pour une agriculture française indépendante et durable.







