La plus haute instance judiciaire des Nations unies s'apprête à rendre un avis qui pourrait modifier durablement les relations de travail à l'échelle mondiale. La décision, attendue ce jeudi, concerne un avis consultatif lié à la reconnaissance du droit de grève, un sujet controversé qui oppose syndicats et employeurs.
Saisi par des organisations au sein de l'Organisation internationale du travail (OIT), le tribunal se penche sur la Convention n°87 adoptée en 1948, qui inclut des dispositions sur la liberté syndicale. Les syndicats soutiennent que ce traité protège implicitement le droit de grève, tandis que de nombreux représentants des employeurs l’affirment que ce n’est pas le cas.
La Cour, composée de 15 juges siégeant à La Haye, devra interpréter la question suivante : "Le droit de grève des travailleurs et de leurs organisations est-il protégé par la Convention (n°87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical de 1948 ?" Son avis, bien que non contraignant, pourrait avoir des répercussions majeures sur le droit de grève au niveau international, comme l’a souligné Le Monde.
Lors des audiences, l’importance de cette question est devenue évidente. Harold Koh, représentant de la Confédération syndicale internationale (CSI), a averti que l'issue de cette affaire pourrait affaiblir les droits des travailleurs sur le plan mondial. "Si la CIJ conclut que le droit de grève n'est pas inhérent à la Convention, cela pourrait déclencher une remise en question des accords sociaux dans de nombreux pays", a-t-il déclaré.
De leur côté, les organisations patronales, représentées par Roberto Suarez Santos de l'Organisation internationale des employeurs, soutiennent que la convention n’aborde pas le droit de grève. Santos a noté que les réglementations de la grève diffèrent considérablement d'un pays à l'autre, ce qui complexifie son intégration dans un cadre juridique global.
Rita Yip, également porte-parole des employeurs, a qualifié les affirmations des syndicats de "provocatrices et alarmistes", affirmant que le droit de grève est déjà protégé par les législations nationales. Elle a ainsi exhorté la Cour à rejeter la question posée, insistant sur le risque de compromettre la crédibilité du système international du travail.
Le dénouement de cette affaire, qui interpelle non seulement le cadre légal, mais aussi les droits concrets de millions de travailleurs, pourrait façonner le paysage des relations de travail dans les années à venir.







