À l'aube de l'expiration d'un ultimatum américain, plusieurs sociétés étrangères diminuent drastiquement leur présence à Cuba. Ce mouvement, impulsé par les sanctions accentuées de Washington, prend de l'ampleur alors que le pays communiste lutte pour maintenir son équilibre économique.
Depuis janvier dernier, l'administration Trump a intensifié sa politique de pression maximale envers Cuba, désignant l'île, proche des côtes floridiennes, comme une "menace exceptionnelle" pour la sécurité des États-Unis.
Les sanctions ne se limitent pas à l'édiction d'un embargo pétrolier, mais visent également le "Groupe d'administration d'entreprises" (Gaesa), fortement lié à l'armée cubaine et engagé dans des secteurs vitaux pour l'économie. Ce conglomérat a été l'une des premières entités ciblées par un décret de mai qui a renforcé les mesures coercitives contre les entreprises collaborant avec lui.
Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor des États-Unis a fixé un délai jusqu'à vendredi pour que ces sociétés ajustent leurs opérations, au risque de subir des restrictions sévères telles que l'interdiction d'accéder aux marchés financiers internationaux ou le gel de leurs actifs.
Récemment, la chaîne canadienne Blue Diamond a annoncé l'arrêt complet de ses activités sur l'île. Bien que n'attribuant pas officiellement cette décision aux sanctions, le secteur touristique est en proie à des difficultés exacerbées par le blocus pétrolier étasunien.
Des sources proches de la situation indiquent que le groupe ibérique Iberostar abandonne la gestion d'une dizaine d'hôtels en partenariat avec Gaesa, tout en conservant des liens avec d'autres établissements. "Nous ne dédierons plus nos ressources aux hôtels gérés avec Gaviota, mais poursuivrons d'autres collaborations", a indiqué un porte-parole, sans plus de précisions.
Parmi les établissements concernés figure le célèbre "Torre K" à La Havane, particulièrement emblématique malgré sa brève existence en raison de la crise du tourisme et de l'énergie.
D'autres groupes, tels que Mélia (Espagne) et Archipiélago International (Indonésie), envisagent également de réduire leurs opérations. Mi-mai, les compagnies maritimes CMA CGM et Hapag-Lloyd ont temporairement suspendu les réservations de fret vers Cuba, en réponse aux mesures américaines.
La société canadienne Sherritt, active dans le secteur minier depuis les années 90, a elle aussi annoncé son retrait, affirmant que la situation devenait insoutenable.
Daniel Torralbas, économiste cubain, a qualifié ce départ massif de multinationales de "dévastateur" pour l'économie cubaine. "Ceci pourrait faire de 2026 l'année la plus catastrophique pour le pays en 70 ans", a-t-il averti.
Marco Rubio, secrétaire d'État américain, a réitéré les accusations de corruption à l'encontre du régime cubain, en dénonçant la mainmise de Gaesa sur une part significative de l'économie, équivalente à 70% des activités économiques de l'île, selon le Département d'État.
Du côté du gouvernement cubain, la défense de Gaesa se concentre sur son rôle clé face à l'embargo. "Cette entité n'est pas opaque, mais une réponse stratégique à un siège économique qui cherche à étouffer notre révolution", a déclaré un responsable cubain, soulignant la nécessité de maintenir une économie viable malgré les sanctions prolongées.







