Ce mercredi, Bruxelles présentera des initiatives cruciales visant à garantir la "souveraineté technologique" européenne. Ces nouvelles propositions cherchent à diminuer la dépendance envers les géants américains des services numériques et à promouvoir la production de puces électroniques sur le territoire européen, ce qui pourrait susciter des tensions avec Washington.
La route est encore semée d'embûches pour l'Europe, qui reste en retrait dans le domaine numérique. Des initiatives précédentes, comme la loi adoptée en 2023 pour booster la fabrication de puces sur le continent, n'ont pas produit les résultats escomptés. La Commission européenne a souligné que l'UE demeure fortement dépendante de ses fournisseurs en dehors de l'Europe, avec plus de 80 % de ses produits et services numériques provenant de l'étranger.
Cette dépendance est particulièrement visible dans les domaines des logiciels et des services cloud, où des entreprises américaines telles que Microsoft, Google, et Amazon prédominent. Une étude d'Astérès révèle qu'environ 83 % du marché du cloud et des logiciels en Europe est dominé par des sociétés américaines, représentant un enjeu financier de 264 milliards d'euros par an.
Les craintes demeurent que ces fournisseurs désactivent l'accès à leurs services en cas de crise géopolitique, posant de sérieux risques pour la continuité des activités européennes. Parallèlement, la dépendance en matière de composants électroniques, souvent fabriqués en Asie, s’avère tout aussi problématique. L'an dernier, un conflit entre Pékin et le fabricant de puces Nexperia a menacé de compromettre les chaînes d'approvisionnement des constructeurs automobiles européens.
Pour répondre à ces défis, la Commission proposera un ensemble de mesures, dont un règlement dédié au développement du cloud et de l'IA, facilitant l'établissement d'infrastructures essentielles telles que des centres de données en Europe. Une nouvelle loi sur les puces électroniques devrait également être mise en avant, renforçant la demande pour des composants produits localement.
De plus, il est prévu d'encourager l'utilisation de logiciels open source dans les administrations publiques. Ces propositions, bien que consensuelles en apparence, incluent des critères de souveraineté pour les contrats publics en matière d'intelligence artificielle et de cloud.
Ce serait un prolongement des mesures de "préférence européenne" récemment annoncées par Bruxelles, visant à soutenir la production locale dans des secteurs comme l'automobile. Cependant, cela pourrait également conduire à des réactions de la part des États-Unis, surtout après les négociations sur les droits de douane menées l'année dernière.
Bruxelles a récemment démontré sa détermination à protéger ses intérêts. Cela inclut des propositions visant à réserver une part des fréquences télécoms à des entreprises européennes, ainsi que l'attribution d'un contrat informatique majeur à des fournisseurs locaux, au détriment d’Amazon et Microsoft.
Malgré le risque de nouvelles tensions avec Washington, plusieurs États membres, notamment la France, ainsi qu’un certain nombre de députés européens, appuient cette démarche. L'eurodéputée espagnole Elena Sancho Murillo exprime un besoin urgent de garantir que "les individus contrôlent leurs données, leur identité et leurs droits numériques, plutôt que de laisser cela entre les mains d'algorithmes opaques et de systèmes juridiques étrangers".
Reinier van Lanschot, élu néerlandais, insiste également sur la nécessité de "briser cette dépendance" pour protéger les citoyens européens, leur démocratie et leur droit à la vie privée.







