Le monde du luxe est-il à l’aube d'une révolution ? Après un ralentissement notable au cours des trois dernières années, l'industrie cherche à retrouver sa dynamique en allégeant ses portefeuilles et en redécouvrant ses racines.
Les bénéfices des géants tels que LVMH et Kering sont en chute pour 2025, tandis que Burberry enregistre une perte nette pour l'exercice 2024/2025. Ces chiffres illustrent un changement de cap, dû à l’inflation des prix qui a déçu des clients de plus en plus exigeants.
Eric Briones, cofondateur de l'école Paris School of Luxury, souligne que le luxe, stimulé par les achats de revanche post-Covid, a souffert d'une demande telle que la qualité a parfois pris un coup. "Le modèle artisanal a été éprouvé par l’augmentation de la demande", dit-il, rappelant les scandales de sous-traitance en Italie.
Cette montée en flèche des prix, dont certaines marques ont augmenté le coût de leurs produits de 50 % en trois ans, n'a pas été accompagnée d'une réelle hausse de qualité. Cela a provoqué une certaine lassitude chez les clients, comme le souligne Briones.
Christophe Caïs, directeur du cabinet spécialisé CXG, met en avant une question cruciale : "Jusqu'où peut-on pousser les volumes de ventes sans nuire à l'exclusivité ?" La stratégie de certains groupes semble se successivement écarter des marques moins alignées avec leur ADN, comme le confirme Léa Hubsch du cabinet Kearney.
D'après Bain & Company, le marché du luxe a perdu 20 millions de clients entre 2024 et 2025, après avoir déjà perdu 50 millions les années précédentes. Les spécialistes estiment que, après une expansion soutenue, le temps est venu pour les grandes marques de se recentrer.
LVMH a récemment cédé la marque Marc Jacobs après trois décennies, tandis que Kering a débuté sa vaste transformation avec la vente de sa division beauté à L'Oréal pour 4 milliards d'euros. Ce mouvement de consolidation va se poursuivre, comme le prévoit le cabinet CXG.
La récente acquisition de Versace par Prada pour 1,25 milliard d'euros témoigne également de cette tendance, et le testament de Giorgio Armani a placé son empire à la disposition d'un conglomérat comme LVMH ou L'Oréal.
La rigueur est désormais la règle au sein des entreprises. Luca de Meo, ex-patron de Renault, à la tête de Kering depuis l'an passé, insiste sur un retour à l’excellence par des fermetures de boutiques et une rationalisation des gammes de produits.
Les experts s'accordent à dire que le luxe de demain sera moins tourné vers l'ostentatoire et davantage vers le bien-être. Briones évoque un futur axé sur l'expérience et le luxe transformateur, où Kering se positionne déjà grâce à une coopération avec L'Oréal, mettant en lumière le potentiel croissant dans le secteur du bien-être et de la longévité.







