Dans le secteur de la défense terrestre, tout comme dans l'industrie automobile, répondre aux attentes des clients qui évoluent rapidement est primordial. C'est ce que démontre le belge John Cockerill avec son dernier blindé, le Fenris, qui devrait être opérationnel dans un délai de deux ans, selon Jean-Luc Maurange, son administrateur délégué.
Ce véhicule léger et agile a été présenté au salon Eurosatory, une vitrine incontournable de la défense mondiale, aux côtés du char intermédiaire Capint du consortium franco-allemand KNDS, destiné à remplacer le char Leclerc d'ici 2035, en attendant le développement du futur programme MGCS prévu pour 2045.
Cette annonce intervient alors que le marché des véhicules blindés se transforme radicalement, influencé par la guerre en Ukraine. Les armées cherchent à reconstruire des stocks et à moderniser leurs équipements, tout en intégrant les enseignements tirés du conflit.
Contrairement à des entreprises comme KNDS ou Rheinmetall qui suivent des calendriers étatiques à long terme, John Cockerill se positionne sur le marché d'exportation avec un développement rapide basé sur des composants déjà éprouvés. Avec le Fenris, premier véhicule conçu depuis l’achat du constructeur militaire français Arquus, la société annonce une fabrication possible dans les deux ans avec une tourelle de 105 mm déjà testée en Ukraine sur d'anciens chars Leopard.
Le Fenris, unique véhicule à six roues capable de porter une tourelle de 105 mm conforme aux normes de l'OTAN, est également facilement transportable par air, notamment dans l'Airbus A400M, permettant un déploiement rapide sur le terrain.
"C'est assez rare d'associer des tourelles de ce calibre à des véhicules léger", souligne Maurange. L'entreprise vise des marchés étrangers, répondant à la demande de pays souhaitant des alternatives aux véhicules chenillés. La Belgique, ainsi que le Maroc et d'autres nations, semblent intéressés par ce modèle intermédiaire conformé aux scénarios de combat actuels.
Le Fenris est conçu pour être rapidement déployable, adapté à des opérations dans des environnements urbains difficiles, comme l’ont démontré les expériences passées en Afghanistan et au Moyen-Orient, où la rapidité et la mobilité sont cruciales.
Actif aussi dans le secteur énergétique, John Cockerill souligne qu'il n’est pas excessivement dépendant des financements étatiques pour sa recherche et développement. "Notre stratégie est de répondre aux besoins pressants des clients, c’est une tendance qui se généralise à toute l'industrie de la défense", note-t-il.
Alors que de nombreux drones deviennent rapidement obsolètes, les blindés suivent une tendance similaire. Maurange, ancien ingénieur automobile, affirmait que l’industrie de défense doit s’adapter à ces évolutions rapides : "Il nous faut réduire les délais de conception pour répondre aux besoins du marché." Un partenariat annoncé lors d'Eurosatory pour développer un drone terrestre robuste sera révélé ultérieurement.
"Bien que d'autres acteurs aient exploré ces pistes, notre créativité et nos innovations ont été mises en œuvre depuis deux ans," conclut-il. "Aujourd'hui, l'industrie automobile produit des sous-ensembles en grande quantité à des coûts compétitifs, et nous devons en tirer des leçons pour notre secteur."







