Alors que l’équipe nationale de football peine à se distinguer sur la scène internationale, la presse italienne concentre son attention sur un affrontement économique bien plus révélateur entre Milan et Naples. Ce n’est pas une compétition sportive, mais une montée en puissance économique qui annonce une nouvelle ère pour le Sud de l’Italie, souvent perçu à tort comme un territoire de pauvreté et de chaos.
Les données de la Banque d'Italie révèlent que le PIB de la Campanie, la région de Naples, a augmenté de 0,9% l’année dernière, dépassant ainsi celui de la Lombardie (0,7%) et la moyenne nationale (0,5%). Ce constat a été largement relayé par la Svimez, l’Association pour le développement de l'industrie dans le Sud, qui souligne que cette tendance se maintient pour la quatrième année consécutive, avec une croissance cumulée de 9,5% dans le Mezzogiorno, contre 6,6% pour les régions du Centre-Nord.
"Il s'agit d'un phénomène sans précédent dans les données économiques depuis 1980", commente la Svimez.
Naples, nouveau pôle technologique
Peut-on envisager une réunification économique de l’Italie ? Dans un article de 1972, le Corriere della Serra prévoyait que l’écart entre le Nord et le Sud serait comblé d’ici 2020. La réalité semble toutefois plus complexe, même si des signes prometteurs émergent. "Il se passe effectivement quelque chose de significatif dans le Sud", confirme Alec Ross, professeur à l’École de commerce de Bologne, dans un article pour Bloomberg.
Naples s’est récemment affirmée comme un centre d’innovation. Avec l’ouverture de la première Apple Developer Academy en 2016, la ville a attiré plusieurs grands groupes, notamment dans le domaine numérique et des technologies de l’IA. Le maire, Gaetano Manfredi, a exprimé sa satisfaction face à cette dynamique : "Naples se positionne comme un pôle majeur pour l’innovation technique et numérique en Europe, créant des milliers d'emplois dans la région".
Un rapport municipal, cité par Bloomberg, indique que Naples est désormais le deuxième plus grand foyer de startups en Italie, pour l’essentiel dédiées à l'IA, la blockchain et la science des données.
Le soutien de l'Union européenne
Au-delà de Naples, les régions du Sud se distinguent grâce à une économie axée sur des secteurs en forte croissance comme le numérique et l’industrie pharmaceutique. En revanche, le Nord, dont l’activité plus diversifiée est exposée à des risques géopolitiques, souffre de la conjoncture économique en Europe. Cette situation contraste avec l'essor du Mezzogiorno, soutenu par des fonds européens et une forte activité dans le secteur de la construction.
Le Sud a bénéficié de près de 40% des 194 milliards d'euros du plan de relance post-Covid, permettant des investissements substantiels dans les infrastructures. Selon la Svimez, les dépenses publiques dans la construction ont bondi de 88,3%, un facteur déterminant pour l'emploi local.
Des salaires bien plus faibles au Sud
La dynamique actuelle s’accompagne d’un revers. Les salaires dans le Sud restent inférieurs, avec un salaire médian de 25.000 euros contre 30.000 euros dans le Nord. La pauvreté y atteint des niveaux alarmants de près de 40%. Le maire Manfredi a reconnu que la question des salaires constitue une préoccupation majeure. Pourtant, il souligne que le pouvoir d'achat, du à un coût de la vie moins élevé, équivaut néanmoins à des réalités différentes.
Pour attirer davantage d'investissements, Giorgio Ventre, directeur scientifique de l’Apple Developer Academy, met en garde contre le piège d’un modèle économique basé uniquement sur des coûts salariaux bas. Dans des déclarations au Corriere della Serra, il stipule que si le Sud ne développe pas des atouts compétitifs supplémentaires, il pourrait souffrir d’une fuite des investissements vers des régions à coûts encore plus bas à l’avenir.
Le Sud de l’Italie est à un tournant crucial de son histoire économique. En s’appuyant sur l’innovation et le capital humain, il pourrait enfin combler le fossé qui le sépare du Nord, mais seulement si des mesures soutenues sont prises pour renforcer ses atouts et relever ses défis.







