Le retard dans la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie plonge les acteurs des secteurs solaire et éolien dans une situation de blocage. Ce quasi-moratoire risque de renforcer la dépendance de la France vis-à-vis de pays étrangers pour son approvisionnement énergétique.
Celui qui voit le verre à moitié plein pourrait se réjouir du rapport d'Ember, indiquant que, pour la première fois, les énergies renouvelables en Europe—éolienne et solaire—ont surpassé la production fossile, atteignant 48 %, y compris l’énergie hydroélectrique. Cependant, les acteurs du secteur en France sont loin d'être sereins. Les expertises du domaine éolien et photovoltaïque sont conscientes des freins qui entravent leur développement.
Les retards accumulés concernant la publication de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) compromettent gravement les objectifs de la neutralité carbone pour 2050. Proposé depuis deux ans, ce document clé, prévu pour définir l'avenir énergétique du pays, reste désespérément absent. Les membres successifs des gouvernements n'ont cessé de reporter sa mise en ligne, créant une incertitude préjudiciable pour l'industrie.
« Il faudra repartir de zéro »
Les conséquences de ces retards sont alarmantes. Les acteurs du secteur ne disposent d'aucune visibilité, ce qui freine les appels d'offres dans les projets photovoltaïques et éoliens. Depuis septembre 2025, ces projets sont en pause. « Nous avons bâti une filière solaire dynamique, mais cette stagnation va nous obliger à subir des pertes d’emplois et de savoir-faire. Quand on nous sollicitera de nouveau pour produire de l'énergie photovoltaïque, nous repartons de zéro », regrette Vianney de l’Estang, vice-président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
Malgré la crise énergétique et le conflit en Ukraine, certains avancent : « En 2025, nous avons mis en service 6 gigawatts, un record. Le secteur fournit entre 60 000 et 80 000 emplois en France. » Mais ces succès cachent déjà des signes préoccupants. Des licenciements dans le secteur sont déjà à signaler, comme ceux annoncés fin 2024 par GE Vernova, qui a supprimé 900 emplois dont 140 en France, selon un rapport du SER.
70 % de l’énergie consommée en France est fossile
Cette absence de perspective représente un risque non seulement pour l'industrie elle-même, mais aussi pour la souveraineté énergétique de la France. Selon un rapport du Shift Project, 70 % des 2550 TWh nécessaires au fonctionnement de la France proviennent encore d'énergies fossiles, faisant du pays un grand consommateur dépendant. « Il n'existe pas de souveraineté durable sans indépendance énergétique », rappelle ce rapport.
Les acteurs du secteur des énergies renouvelables exercent maintenant une pression croissante pour qu'une PPE soit enfin publiée. Toutefois, des craintes demeurent quant au contenu de ce document, qui doit établir des plafonds et des objectifs de développement des énergies non fossiles. Les scénarios envisagés pourraient radicalement saper les initiatives renouvelables en cours.
En juin 2025, le Rassemblement National a tenté de faire adopter un moratoire sur les énergies renouvelables à l’Assemblée nationale lors de l'examen de la loi Gremillet. Bien que cette mesure ait échoué, la menace d'une influence croissante de l'extrême droite lors des prochaines élections reste une source d'inquiétude pour l'évolution des filières renouvelables en France.







