Dès la rentrée 2026, des adolescents risquent de perdre l'accès à des plateformes comme TikTok, Snapchat ou YouTube. Le 26 janvier, l'Assemblée a accepté en première lecture un projet de loi proposé par la députée Laure Miller, stipulant que "l'accès à un service de réseau social est interdit pour les mineurs de moins de 15 ans".
Les plateformes éducatives et les messageries privées comme WhatsApp sont cependant exclues de cette interdiction. Sur la scène politique, ce projet a obtenu le soutien d'une large majorité, allant des socialistes au Rassemblement national. En revanche, seuls les députés de La France insoumise et deux élus écologistes ont voté contre.
Des divisions dans le corps scientifique
Les experts de la santé et de la science n'arrivent pas à se mettre d'accord sur les bienfaits de cette interdiction. Certains estiment qu'une telle mesure est indispensable pour protéger des adolescents présentés comme vulnérables face aux algorithmes des réseaux sociaux. Michel Desmurget, directeur au sein de l'Inserm, a déclaré à Libération : "Interdire fait sens et c'est un minimum". Il souligne que les adolescents, dont le cerveau n'est pas encore pleinement développé, doivent être protégés.
"Interdire fait sens et c'est un minimum"
D'un autre côté, Vanessa Lalo, psychologue et expert en pratiques numériques, exprime un point de vue opposé. Elle qualifie cette interdiction de "contre-productive", affirmant qu'elle "fait croire que l'État peut protéger les adolescents sans engager de dialogue".
Le député Arthur Delaporte partage cette approche, déclarant que l'interdiction n'apportera pas de solutions aux problèmes sous-jacents. Il plaide pour un "accès régulé et protégé" dès 13 ans, soulignant la nécessité d’une période d’apprentissage.
Repenser le rôle des plateformes
Des experts mettent également en exergue que les réseaux sociaux sont essentiels pour la socialisation des jeunes. Ignorer leur rôle pourrait avoir des répercussions sur la construction identitaire des adolescents, comme le note Vanessa Lalo.
"Le numérique est un droit d’accès à l’information"
Elle rappelle que ces plateformes offrent des espaces de soutien pour des jeunes en difficulté. Par ailleurs, un rapport de l'Anses indique qu'il n'y a pas de lien de cause à effet universel entre l'utilisation des réseaux sociaux et la santé mentale.
Les critiques s'étendent également à la manière dont la loi envisage de transférer la responsabilité aux jeunes, alors que la véritable question pourrait résider dans les pratiques des plateformes elles-mêmes. Vanessa Lalo souligne que le DSA (Digital Services Act) permet d'adresser ces enjeux sans stigmatiser les utilisateurs.
Dans l'ensemble, les professionnels s'accordent à dire qu'une éducation numérique devrait être intégrée dès le plus jeune âge, pour préparer les jeunes à naviguer dans un monde de plus en plus digitalisé. Lalo insiste : "Il faut mettre davantage de moyens sur la table", un appel que plusieurs experts entendent prendre en compte dans leur plaidoyer pour un cadre législatif plus équilibré et efficace.







