Dix ans après l'attentat de Nice : le combat des victimes en quête de justice

Dix ans après, les victimes non indemnisées de Nice réclament justice et reconnaissance.
Dix ans après l'attentat de Nice : le combat des victimes en quête de justice
Une semaine après l'attentat de Nice, la promenade des Anglais s'est transformée en mémorial aux victimes. (Image d'illustration) - Photo par VALERY HACHE / AFP
Au total, depuis l'attentat du 14 juillet 2016, près de 3.000 personnes ont reçu une indemnisation du Fonds de Garantie des victimes d'actes de Terrorisme et d'autres Infractions (FGTI). Cependant, certaines demandes restent en suspens, laissant les victimes dans l'incertitude.

Le regard de Marc Phalip se perd un instant sur un camion blanc qui passe dans la rue. Dix ans se sont écoulés depuis cette tragique soirée où un véhicule de 19 tonnes a fauché des vies à Nice, mais les souvenirs demeurent ancrés en lui. Alors qu'il se confie à BFM, il partage : "Encore maintenant, la nuit, je fais des cauchemars. Les visages des victimes, enfants comme adultes, hantent mes pensées. À beau voir un psychologue, ces images restent gravées pour l’éternité."

Ce soir-là, Marc se rend avec sa compagne sur la Promenade des Anglais pour assister au feu d’artifice. Se garant sur un boulevard voisin, il se dirige vers le bord de mer lorsque, soudain, une foule s’agite. "J’ai vu le gros camion, sans feux, dévaler la rue, fonçant sur les gens pour maximiser les victimes".

Avec le sang-froid d’un pompier volontaire, il commence à prêter secours à ceux qu'il peut et transporte deux blessés graves, un touriste américain et une jeune femme russe, à l'hôpital Pasteur. En attendant sa compagne, toujours choquée, il retourne sur la Promenade pour offrir les premiers soins jusqu'à l’aube, lorsque la situation se stabilise.

Dix ans après ces événements, la rage de Marc est palpable. Le Fonds de Garantie a mis en doute sa présence pendant l'attentat, le privant ainsi de tout statut de victime et d'une indemnité. "Ça me ronge. On m’a dit que je n’étais pas sur la Promenade. Que je puisse ouvrir ma tête pour démontrer ma vision de cette nuit fatidique!"

Une tragédie en plein air

Dès le lendemain de l'attentat, qui a coûté la vie à 86 personnes et blessé des centaines d'autres, le FGTI se mobilise pour indemniser les victimes. "Il y avait des milliers de personnes sur la Promenade, la situation était alors bien différente des attentats précédents", explique Julien Rencki, directeur du FGTI. En effet, cette tragédie dans un espace ouvert complique la définition du périmètre des victimes.

Avec le temps, les précisions sur l'indemnisation se sont étoffées. Selon des critères récents édictés par la Cour de cassation, une personne doit avoir été directement exposée au danger pour être éligible. "Cela signifie que des personnes proches de l'attaque, qui ont pu ressentir le péril, peuvent être reconnues comme telles", précise Rencki.

À ce jour, 2.952 personnes ont été indemnisées, dont 547 proches de victimes décédées, 329 blessés physiques et 2.076 ayant subi des préjudices psychiques. Cependant, certaines personnes, bien qu’ayant été proches de l’horreur, ne parviennent pas à obtenir des compensations. Me Olivia Chalus-Pénochet, avocate représentant plusieurs cas similaires, décrypte cette cacophonie : "Trop de gens, qui ont vécu la tragédie de près, sont considérés comme non-impactés, ne comprenant pas l’ampleur de ce qu’ils ont vécu".

Les dilemmes continuent de s’accumuler. Beaucoup de ceux qui ont porté plainte, submergés par l’émotion, ont négligé d’exprimer l’intensité de leur traumatisme. Comme Lila, qui a été refusée par le FGTI, car les experts ont douté de l'origine de son traumatisme. "Je ne suis pas seulement une victime, je me suis crue en sécurité", confie-t-elle, déchirée par cette absence de reconnaissance.

Une absence de reconnaissance fugace

Le cas de certains enfants, comme un petit garçon atteint de Trisomie 21, alarme les défenseurs des victimes. Bien qu’incluse dans une famille indemnisée, le Fonds a estimé que son handicap le prémunissait de tout traumatisme. Ces types d’arguments sont souvent critiqués par Me Tina Colombani, qui dénonce leur absurdité.

"Prouver l'angoisse de la mort, c'est une lutte que seul l'individu peut vraiment comprendre. Pour ceux qui ont vécu cette confrontation, la douleur est indescriptible", rappelle le Dr Jean-Claude Pénochet, psychiatre.

Les victimes, citoyennes de la république, se positionnent ainsi à la fois parties civiles dans les poursuites judiciaires, mais ne sont pas reconnues par le FGTI, créant un décalage inquiétant dans la prise en charge de leurs douleurs. "La reconnaissance, bien que non réparatrice, leur permet de revendiquer leur statut de victimes", conclut Me Chalus-Pénochet.

Heureusement, le contexte évolue, et à l'avenir, les victimes peuvent espérer une approche plus empathique et globale lors de la gestion de leurs dossiers. "La bienveillance et la souplesse du FGTI restent indispensables" conclut Rencki.

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