Le nom de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel résonne encore dans les esprits. Le 14 juillet 2016, il prend le volant d'un camion sur la promenade des Anglais, où près de 25 000 personnes célèbrent la fête nationale. Dans une nuit estivale, il attend le bon moment pour déchaîner son acte meurtrier, tuant 86 personnes avant d'être abattu par les forces de l'ordre.
Les jours suivants, les enquêteurs découvriront le profil atypique de ce terroriste. Selon Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, Mohamed Lahouaeij-Bouhlel reste une énigme, son parcours laissant perplexes les enquêteurs.
Une vie loin des préceptes radicaux
Les analyses de son entourage révèlent un homme éloigné des convictions religieuses, connu pour sa consommation d'alcool et de drogue. Un voisin a décrit un individu qui mangeait du porc, et qui avait une vie sentimentale tumultueuse. Le procureur de Paris, François Molins, affirmant qu'il était même un homme "gentil" et "séducteur".
Des comportements inquiétants
Son histoire n'est pas seulement celle d'un homme devenu meurtrier. Dans les locaux de la police de Nice, il est souvent associé à des violences conjugales et à de petits délits. Le procureur a souligné la brutalité de Lahouaeij-Bouhlel, notamment envers son épouse et ses enfants. Une plainte mentionne des actes de violence inouïs, comme un couteau planté dans les jouets de sa fille.
"Il est décrit comme un individu particulièrement violent, notamment envers son épouse et ses enfants", affirmait le procureur lors d'un point presse en 2016.
Les conséquences de son comportement violent remontent à son enfance, où son père évoque un adolescent turbulent. Pour tenter de l'aider, il l'emmène consulter un psychiatre à 19 ans. Ce dernier évoquera des troubles du comportement et la prescription d'antidépresseurs que Mohamed refusait ensuite d'aller chercher.
Le pschiatre Fethi Benslama, expert en la matière, signale que "dans le profil de Lahouaeij-Bouhlel, il y a une dimension psychopathologique“, rare chez les terroristes. Selon lui, seulement 5 % des actes terroristes résultent de cas psychiatriques.
Un virage vers la radicalisation
Au fil du temps, cette personne autrefois festoyante se radicalise rapidement, comme le constatent ses proches. Il se met à visionner des vidéos extrémistes et change brusquement d'apparence. Des contenus liés à l'EI sont retrouvés sur son ordinateur. En 2015, lorsqu'il est contrôlé à la frontière italienne, il voyage avec des individus liés à une filière de radicalisation. Une période décisive pour Lahouaeij-Bouhlel, qui commence à rechercher des informations sur le terrorisme.
Fethi Benslama souligne qu'il "se familiarise avec sa pulsion destructrice" et qu’il semble désireux d'assouvir ce besoin de violence, entraînant son passage à l’acte.
Un acte de terreur revendiqué
En juillet 2016, il passe à l'acte, devenant le visage sinistre d'un nouvel acte terroriste en France. Daesh revendique rapidement l'attentat, tirant parti de cette tragédie pour renforcer son image.
Les experts du renseignement estiment que la vendetta de Lahouaeij-Bouhlel s'inscrit dans un mouvement plus vaste, où des individus agissent selon les modes opératoires prônés par l'EI, sans lien direct avec la direction de l'organisation.
Des motivations ambiguës
La question des motivations originelles demeure. Pour le psychiatre, l’idée de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel comme un suicide déguisé en attentat mérite réflexion. Les éléments trouvés dans le camion, comme des cartes d'identité, semblent corroborer cette hypothèse. Pourtant, les autorités ajoutent que la planification de l'acte témoigne d'une réflexion plus complexe qu'un simple acte de folie.
Au final, les motivations de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel restent une énigme, avec beaucoup d'interrogations, mais aussi une impression d'inachevé dans l'analyse de son parcours tragique.







