Le 5 novembre 1986, dès l'aube, 150 CRS (Compagnie républicaine de sécurité) envahissent la fabrique de meubles Sokoa, une entreprise emblématique du Pays basque. Les policiers mettent rapidement à jour une cache d'armes impressionnante, provenant de l'organisation séparatiste basque, l'ETA. La perquisition se révèle minutieuse, à la recherche de preuves émanant de l'activité criminelle de l'ETA et plus particulièrement du responsable financier présumé, José-Luis Arrieta, un réfugié basque espagnol.
Un coup de filet spectaculaire à l’aube
Mercredi matin, deux compagnies de CRS bloquent l'accès à la rue de Hendaye. La perquisition débute dans le siège de Sokoa, fondée en 1971 par François Noblia, et s'intensifie avec des contrôles d’identité, des inspections par des chiens détecteurs et des fouilles dans les murs et planchers. Très vite, les agents découvrent deux caches : l'une dans les combles, vide mais aménagée, et l'autre, dans les sous-sols, remplie d'un arsenal redoutable : armes, grenades, pistolets-mitrailleurs, munitions, et deux lance-missiles.
Une base arrière de l’ETA ?
Les enquêteurs analysent les documents retrouvés, dont des plans d’actions armées et des fausses identités, suggérant que la cache pourrait représenter une base arrière de l’ETA militaire sur le sol français. Selon le juge d’instruction, il s’agit d’une planque majeure pour les opérations de l'organisation. Le trésor de guerre découvert aurait été constitué en partie grâce à l'« impôt révolutionnaire » forcé.
François Noblia nie toute implication
En garde à vue, François Noblia se défend, affirmant qu'il n'était pas au courant de l'existence de cette cache et que l'entreprise avait toujours été scrutée sans aucune anomalie détectée. José Arrieta, son bras droit, reconnaît avoir aménagé la cache sans en informer Noblia. Malgré le déni de toute implication active, François Noblia est finalement inculpé.
Des missiles soviétiques au cœur de l’enquête
Les armes en question éveillent de vives inquiétudes, notamment les deux lance-missiles identifiés comme de fabrication soviétique. Les services secrets espagnols, ayant mené une opération d’infiltration, avaient d'abord informé la Guardia Civil. La mise à jour des sorties des missiles aurait donc permis aux autorités françaises de réaliser cette perquisition décisive.
Un procès très attendu
Après vingt jours d’incarcération, Noblia est libéré en attente de son procès qui commence en 1989. José Arrieta, reconnu coupable d'avoir creusé et alimenté la planque, écope d'une peine de cinq ans. François Noblia, bénéficiant d'un doute, est acquitté.
Cette affaire a durablement impacté le Pays basque, soulignant une réalité des années 1980 où les frontières s'estompaient entre lutte armée et vie civile. Les récits de Thierry Sagardoytho sur les affaires classées nous rappellent ainsi les tumultes de cette époque.







