Face à la dune du Pilat, l'îlot de sable emblématique du banc d'Arguin s'efface à une vitesse inédite. Ce rétrécissement spectaculaire observé par les scientifiques contraint la faune et les ostréiculteurs à déserter les lieux.
Face à la dune du Pilat, le banc d'Arguin, formation de sable datant de milliers d'années, a vu sa taille passer de 7 km à 2 km en l'espace de quelques années. Sa dune, qui sert de refuge à de nombreuses espèces, telles que des goélands et des sternes, a été sévèrement atteinte par les tempêtes Nils et Pedro, selon la Société pour l'Étude, la Protection et l'Aménagement de la Nature en Aquitaine (Sepanso), l'organisme en charge de la gestion de cette réserve naturelle nationale.
Le banc, décrit comme "mouvant", subit des cycles d'expansion et de contraction, mais, comme l'indique Xavier Chevillot, directeur de la Sepanso, "une réduction à cette vitesse, cette dynamique et cette intensité, c'est du jamais vu".
Des goélands « un peu perdus »
Les 800 goélands qui sont revenus pour la période de reproduction semblent "déboussolés", note Benoît Dumeau, gestionnaire de la réserve. Ils parcourent un talus de sable autrefois bien plus vaste, vestige d'une dune qui avait disparu.
« Ils se sont reproduits ici-même l'an dernier, mais ils ne retrouvent plus la végétation familière. Leur adaptation dans ce contexte incertain est préoccupante », souligne-t-il, tout en espérant un "retour à l'équilibre" ou peut-être la formation d'un nouveau refuge ornithologique sur un îlot voisin.
La voix des experts
Véronique Lafon, directrice d'une société de surveillance environnementale par satellite et océanographe, prédit que ce "joyau" est "condamné à disparaître". Toutefois, elle estime qu'un "autre banc", plus résistant, pourrait émerger, fournissant un habitat similaire pour la faune.
Nadia Sénéchal, océanographe à l'université de Bordeaux, renchérit : "Bien qu'un banc puisse paraître statique, son morphotype et son positionnement changent continuellement. Les bancs de sable resteront présents dans cette zone".
Les ostréiculteurs abandonnent
Les ostréiculteurs présents sur le site depuis les années 1980 n'ont pas la capacité d'attendre la régénération du banc. Environ 85 parcelles ont été enlevées, et beaucoup ont été réinstallées à l'intérieur du Bassin selon le syndicat local des conchyliculteurs.
Thomas Cunado, ostréiculteur, évoque un passé doré de productions de qualité, mais déclare : "Le banc a toujours bougé, mais cette dynamique s'est accélérée et nous sommes contraints de partir".
La Sepanso indique qu'une multitude de 1.200 bateaux de plaisanciers accostaient autrefois chaque jour jusqu'en 2020. Cet été, la préfecture a promis d'autoriser un débarquement limité, pour familiariser le public avec ces écosystèmes fragiles, tout en préservant les zones centrales de la réserve par des balisages.







