Dans les plaines arides et brûlantes de Djibouti, des hommes, mal en point et décharnés, errent sans but après avoir échoué à rejoindre le Yémen par la désormais tristement célèbre Route de l'Est. Considérée comme l'une des voies migratoires les plus périlleuses du globe, cette route s'étend entre la Corne de l'Afrique et la péninsule arabique.
Parmi eux, Jemal Ibrahim Hassan, un jeune Éthiopien de 25 ans, raconte son périple. Originaire de la région d'Amhara, dévastée par les conflits armés, il a quitté son village pour fuir la guerre. "Nous n’avions plus d'endroit où vivre en paix", se souvient-il. Ce voyage de 550 km à pied, qui lui a pris près de quinze jours, le laisse avec des ampoules et les pieds enflés.
Une fois à Djibouti, il monte à bord d’une embarcation surchargée, mais les garde-côtes yéménites interceptent le bateau. Après huit jours de détention sans nourriture, il est renvoyé à Djibouti. "Sans la volonté d'Allah, nous aurions chaviré", confie-t-il, alors qu'il reprend le chemin du retour. Chaque année, des dizaines de milliers de migrants, fuyant les guerres et les catastrophes naturelles, s'entassent dans des bateaux pour atteindre les pays du Golfe, espérant échapper à leur sort.
Cette route est marquée par la mort : en 2025, plus de 900 migrants ont disparu ou trouvé la mort, faisant de cette année l'une des plus meurtrières selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Récemment, un naufrage près d’Obock a coûté la vie à au moins neuf migrants, dont Zinab Gebrekristos, une jeune femme de 20 ans qui a tout perdu au cours de son périple.
Elle décrit le désespoir d'être entassée sur un petit bateau avec 320 personnes. "Beaucoup de gens sont morts sous nos yeux", témoigne-elle, choquée par la violence de la situation.
L’OIM surveille activement les régions désertiques, apportant une aide précieuse aux migrants. Cependant, les défis restent nombreux. Les autorités djiboutiennes intensifient leurs efforts pour intercepter les passeurs, souvent yéménites, qui profitent de la vulnérabilité des migrants. Des embarcations sont saisies quotidiennement avec des conditions de voyage épouvantables.
Des récits de désespoir s'accumulent, comme celui de Genet Gebremeskel Gebremariam, 30 ans, qui a fui la ville de Mekelle avec ses quatre enfants. Elle décrit un voyage où les migrants sont souvent abandonnés dans le désert, si faibles qu'ils ne peuvent poursuivre. "Nous avons été traités comme des soldats, frappés pour avancer", se rappelle-t-elle, pleine de chagrin.
Malgré les dangers, beaucoup continuent de rêver d'une vie meilleure. Muiaz Abaroge, un jeune de 19 ans, affirme avoir peu d'options : "C'est effrayant, mais je dois surmonter cette épreuve".
Les déclarations du Dr Youssouf Moussa Mohamed, responsable de l’OIM à Obock, sont inquiétantes : "Chaque année, la situation devient plus meurtrière. Les moyens pour aider ces migrants sont insuffisants." Face à l'augmentation du flux migratoire, des conditions fondamentales sont impérieusement nécessaires pour prévenir d'autres tragédies.







