Avant les effets spéciaux grandioses et les controverses qui entourent aujourd'hui l'Eurovision, il y a eu 'Refrain'. Le 24 mai 1956, à Lugano, la chanteuse suisse Lys Assia s'impose comme la première lauréate de l'Eurovision, marquant ainsi le début d'un concours qui se cherchait encore une identité.
À ses débuts, l'Eurovision se tenait dans une simple salle de théâtre. Ce soir-là, régnait une atmosphère d'innocence musicale. Lys Assia, avec sa chanson Refrain, emporte le cœur des jurys avec une romance douce, qui deviendra la première chanson emblématique de cet événement. Laurent Marsick, journaliste pour RTL, explique : "L'Eurovision a été créée dans un contexte de reconstruction culturelle post-guerre pour rapprocher les nations par la musique et la télévision".
Les origines d'un concours musical
Conçu par l'Union européenne de radio-télévision (UER), l'Eurovision n'était au départ pas destiné à être un concours de chant. "La première idée était d'organiser un festival de cirque", raconte Marsick. Cependant, la richesse de la chanson était évidente, et l'on s'est tourné vers le Festival de Sanremo, un événement musical prestigieux en Italie, pour s'inspirer.
En 1956, l'Eurovision ressemblait plus à un gala musical qu'à un concours moderne. Selon Oranie Abbes, spécialiste de l'Eurovision, "C'était un concours très sage, mettant en avant les traditions musicales d'après-guerre".
Une compétition à sept nations
Ce soir-là, sept pays se mesuraient pour le Grand Prix : l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Chaque pays présentait une double performance, une méthodologie qui ne sera jamais répétée. Les concurrents incluent Lys Assia, qui n'est pas une inconnue, déjà populaire dans la musique germanophone et francophone.
Son premier titre pour le concours, Das alte Karussell, est suivi de Refrain, une chanson empreinte d'un classicisme élégant. Selon Laurent Marsick, "c'est une chanson maîtrisée, douce et respectueuse des conventions d'une époque marquée par la sobriété".
Un moment d'émotion
Après 70 minutes de spectacles, le verdict est tombé. Refrain est proclamée chanson gagnante. Bien que les détails des votes restent secrets, Lys Assia remonte sur scène pour un hommage émouvant, malgré son stress palpable. Marsick se souvient d'une confession de la chanteuse : "Elle était tellement nerveuse qu'elle a dû redémarrer sa prestation". Évoquant cette époque, Lys Assia dira en 2015 : "C'était un autre monde, une époque où l'on voulait ouvrir les frontières".
Une icône intemporelle
Les aventures de Lys Assia avec l'Eurovision ne s'arrêtent pas là. Elle revient en 1957 avec sa chanson L’enfant que j’étais et se classe avant-dernière. En 1958, elle frôle la victoire avec Giorgio, se classant deuxième. Malgré sa non-qualification lors de ses tentatives ultérieures pour représenter la Suisse, elle demeure une figure emblématique, reconnue et célébrée dans le monde de la musique.
Lys Assia, disparue en 2018 à 94 ans, reste un symbole de l'amour et du partage que représente l'Eurovision. Comme le rappelle Marsick : "Elle voulait que l'on se souvienne que l'Eurovision, c'est avant tout de la musique et des échanges culturels".







