Dix ans après le Brexit : Boston, entre fierté et désillusion

Une ville divisée, des regrets latents et une montée de l'extrême droite, voici Boston.
Dix ans après le Brexit : Boston, entre fierté et désillusion

Une décennie après le référendum sur le Brexit, quelle est la voix des habitants de Boston, cette ville qui a massivement choisi de quitter l'Union européenne ? Une équipe de France Télévisions a ainsi tenté de comprendre l'évolution des sentiments, révélant une communauté plus fracturée que jamais. Dans les urnes, l'extrême droite semble s'imposer comme la nouvelle force politique.

Ce texte s'inspire d'un reportage que vous pouvez visionner en intégralité en cliquant sur le lien ci-joint.


Lors d'une promenade dans l'est de l'Angleterre, vous pouvez croiser Rachel Leverton, une fleuriste passionnée. Mais au-delà de son amour pour les plantes, elle affiche fièrement son rejet de l'Europe. "Ce ne sont pas des euros, et j’en suis fière. Regardez, c’est la reine", déclare-t-elle tout en montrant sa monnaie. Rachel est une véritable Brexiteuse, au point de ne plus proposer que des plantes cultivées au Royaume-Uni."Les œillets d'Inde, britanniques, ces Impatientes, britanniques, les Abélias, britanniques", précise-t-elle.

Autrefois vive et optimiste à l'égard du Brexit, Rachel en vient à regretter cette décision. Pour elle, la promesse d'une rupture totale avec l'UE n'est pas tenue. "Le gouvernement a échoué à nous délivrer un vrai Brexit. Ils nous ont trahis. Prenez la pêche, par exemple. Ils ont laissé nos eaux aux Européens, alors qu'elles devraient appartenir à nos pêcheurs."

À Boston, 75% des habitants soutenaient le Brexit

Dans cette ville, 75% des électeurs ont voté en faveur de la sortie. Comme Rachel, beaucoup ressentent un profond sentiment de trahison, nourrissant un soutien grandissant envers le parti Reform UK. Dirigé par Richard Tice, ce parti d'extrême droite a récemment remporté la circonscription sans répondre aux demandes de commentaires de France Télévisions. Bien qu'il soit critiqué pour ses positions, il est perçu comme proche des préoccupations des citoyens.

Martin Sleaford, peintre et sympathisant du parti, a une vision pragmatique des choses. "Extrême droite, centre, gauche, ça ne veut rien dire pour moi. Reform UK dit ce qu’il faut entendre. Ils ne sont pas parfaits, mais ils vont nous permettre d’avancer." Avec un salaire de 900 euros par mois, il voit dans Reform UK son ultime espoir pour sortir d'une situation qu'il juge désastreuse : "On dépense sans compter aujourd'hui. Chacun se retrouve dans le rouge à la fin de la semaine. Et cette culture de l'assistanat, sans parler d'une immigration jugée incontrôlable."

L'étranger à la croisée des difficultés

Dans les rues de Boston, la figure de l'étranger est souvent désignée comme le responsable des difficultés économiques. Des drapeaux affichant la croix de Saint-Georges, symbole de l'hostilité envers les immigrés, s'exposent, et les commerces tenus par des étrangers ferment les uns après les autres. En 2016, un habitant sur dix était étranger, et le ressentiment grandissant n'épargne personne. Une Polonaise, présente depuis plusieurs années, résume son malaise : "Je me sens trahie, comme si j'avais été invitée à une fête, mais où 70 % des participants ne veulent pas de moi."

Avec le temps, l'ambiance s'est dégradée. Des restaurateurs d'origine étrangère, comme ceux d'Europe de l'Est, préfèrent désormais rester discrets, craignant les répercussions de ce climat hostile. Une d'entre elles révèle : "On n’est plus vraiment heureux. La situation empire. On craint ce qu'ils pourraient nous faire."

Un lourd tribut économique, des regrets timides

Dix ans après le vote, peu osent critiquer ouvertement le Brexit ou l'ascension de l'extrême droite. Andy Izar, ancien partisan du Brexit qui a changé de camp, exprime ses regrets. "Le Royaume-Uni a beaucoup perdu, surtout la liberté de voyager. Avec un passeport britannique, c’est désormais compliqué de se rendre en Europe." Ce sont surtout les conséquences économiques qui ont fait évoluer son opinion : chaque année, le Brexit coûterait au Royaume-Uni plus de 100 milliards d'euros, affectant les prix à la consommation et les commerçants, autrefois optimistes quant à cet avenir. "Peut-être n’aurait-on pas dû détruire ce qui fonctionnait bien ?" conclut un commerçant. À Boston, un sentiment général d'insatisfaction persiste, mais peu envisagent un retour au sein de l'UE comme solution envisageable, comme l'explique Benjamin Delombre, correspondant à Boston.

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