Surcharge de travail, perte de sens et management contesté... Alors que le gouvernement annonce des coupes budgétaires supplémentaires pour améliorer les finances publiques, une enquête menée par RTL souligne le mal-être croissant parmi les agents de la Direction générale des finances publiques (DGFiP).
Les agents affectés à la collecte des impôts vivent des moments difficiles. Les statistiques de la DGFiP révèlent que 19 agents se sont suicidés au cours de l'année 2025, tandis que 25 tentatives ont été signalées. Cette année, au moins deux suicides et douze tentatives ont déjà été enregistrés, des chiffres alarmants comparables à ceux observés dans les forces de police.
Cette situation est particulièrement préoccupante alors que le gouvernement a récemment annoncé des économies budgétaires de quatre milliards d’euros, qui toucheront particulièrement la fonction publique déjà affectée par de nombreuses suppressions de postes ces dernières années.
Laure*, contrôleuse des impôts, confie à RTL avoir vécu un burn-out en raison de l’aggravation de ses conditions de travail. Elle explique que son quotidien est devenu un enchaînement d'objectifs et de pressions de productivité. "Nous sommes dans un système où l'on mise sur l'abattage, un véritable travail à la chaîne qui entraîne davantage de stress et de mal-être. On a l'impression d'échouer dans notre mission", déclare-t-elle avec désespoir.
Un passé oublié dans les numéros
Laure souligne également la déshumanisation des relations de travail, où les managers semblent plus préoccupés par les statistiques que par le bien-être de leurs équipes. "Nos responsables n'apportent plus de support, ils ne connaissent même pas nos prénoms. On finit par se sentir invisibles, comme des numéros dans un système", affirme-t-elle.
Ce climat pesant génère un épuisement professionnel profond. "Je me levais chaque matin avec une angoisse croissante envers mon travail, alors que ma vie personnelle ne présentaient aucun souci. Loin de ne pas avoir les moyens de faire mon job, c'est la souffrance au travail qui conduit certains de nos collègues au désespoir", confie-t-elle en faisant référence à la triste réalité des suicides parmi ses pairs.
Une dizaine de collègues issus de divers services et générations ont exprimé des ressentis similaires tout au long de cette enquête.
Une dégradation des effectifs
Pour mieux comprendre ce malaise, Olivier Brunelle, le secrétaire général de FO Finances publiques, a observé de près les suicides et tentatives de suicide dans le secteur. "Certaines tentatives de suicide arrivent après un entretien avec un supérieur. Quand un jeune de 20 ans se voit refuser une mutation, cela crée un lien désespéré avec son poste", analyse-t-il.
Brunelle attribue principalement cette situation à la réduction continue des effectifs. Selon ses observations, la DGFiP a réduit ses effectifs de plus de 120 000 à environ 93 000 agents, tout en cherchant des milliards pour équilibrer le budget. "Notre travail est de collecter ces fonds, et pourtant, on cherche à réduire le nombre d'effectifs, c'est paradoxal. Nous avons des ambitions américaines mais les moyens d'un pays en développement", résume-t-il avec amertume.
D'autres causes sont également citées, y compris des réformes mal conçues et des perspectives de carrière limitées dans la fonction publique.
L’administration face à la crise
Contactée par RTL, la Direction générale des finances publiques indique être "attentive aux événements tragiques" survenant dans ses rangs. Toutefois, elle précise qu'il est "complexe d'établir une seule cause déterminante pour un suicide".
L’administration rappelle qu’un plan d’action a été mis en place l’année dernière pour prévenir les risques psychosociaux et que des enquêtes sont menées systématiquement suite à chaque incident tragique. De plus, un accent accru a été mis sur la formation des managers pour mieux accompagner le personnel.







