Pérou : un second tour présidentiel sous tension entre deux visions opposées

Les Péruviens s'apprêtent à voter dans un climat de désillusion et d'exaspération.
Pérou : un second tour présidentiel sous tension entre deux visions opposées
©Connie FRANCE, MARTIN BERNETTI, AFP - Montage d'images réalisé le 5 juin 2026 montrant la candidate de droite Keiko Fujimori et le candidat de gauche Roberto Sanchez, qui s'affronteront au second tour d

Les électeurs péruviens se rendent aux urnes ce dimanche pour un second tour très disputé, mettant aux prises la conservatrice Keiko Fujimori et le candidat de gauche Roberto Sanchez. Ce scrutin se déroule dans un climat de désillusion face à la politique, exacerbé par l'insécurité croissante.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (12H00 GMT) et fermeront à 17H00 (22H00 GMT). Près de 27 millions de Péruviens, sous l'obligation de voter, doivent choisir leur futur président, le neuvième en une décennie, qui prendra ses fonctions le 28 juillet.

D'après les dernières sondages, les deux candidats se retrouvent dans une situation très serrée. Lors du premier tour, ils n'avaient pas réussi à capter un soutien massif, cumulant moins de 30% des suffrages.

"Nous avons un candidat qui ne garantit rien, et une autre qui a un passé difficile à assumer", confie Carlos Altamirano, ingénieur de 49 ans, en votant à San Martin de Porres, un quartier populaire de Lima.

Keiko Fujimori, 51 ans, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, qui a gouverné avec un poing de fer dans les années 1990, se présente pour la quatrième fois consécutive. Elle met en avant l'héritage de son père, considéré par certains comme le stabilisateur économique du pays, bien que son mandat ait été entaché de scandales de corruption.

Roberto Sanchez, ancien ministre âgé de 57 ans, brigue la présidence pour la première fois, bénéficiant d'un soutien important dans les régions andines. Il tente de revendiquer la voix des électeurs laissés pour compte par le gouvernement central de Lima.

Pour aggraver la situation, un juge a récemment décidé de le renvoyer en procès pour des irregularités présumées dans le financement de ses campagnes entre 2018 et 2020, des accusations qu'il dénie. Peu importe le vainqueur, il héritera d'un pays plongé dans une crise politique persistante, ayant déjà vu huit présidents se succéder depuis 2016.

L'instabilité est alimentée par une clause de la constitution qui permet au Parlement de destituer le président pour "incapacité morale permanente", une notion floue. Aucun des candidats n'a de majorité au Congrès, ce qui contraint le futur président à forger des alliances pour réussir son mandat.

David Sulmont, analyste politique, note que "l'antifujimorisme reste fort, malgré une diminution de son impact. Si le résultat est trop serré, la légitimité du gagnant pourrait être mise en doute, exacerbant ainsi l'instabilité déjà présente".

La sécurité est une autre préoccupation majeure pour les électeurs. Un sondage fait état de près de 70% des péruviens qui souhaitent voir la lutte contre la criminalité être la priorité du prochain président. En 2025, Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants, révélant une hausse inquiétante par rapport aux années précédentes.

Jacob Condor, chauffeur de bus, témoigne : "On monte dans le bus et on peut se faire tirer dessus par derrière." En effet, 75 chauffeurs de bus ont perdu la vie dans des attaques, principalement à Lima, depuis le début de l'année.

Keiko Fujimori promet d'utiliser l'armée pour soutenir la police dans la lutte contre l'extorsion et de renvoyer les immigrés en situation irrégulière condamnés. "Nous représentons le progrès, tandis qu'eux incarnent le recul", a-t-elle affirmé lors de son ultime meeting à Lima.

En réponse, Roberto Sanchez plaide pour une approche axée sur le rétablissement de la confiance dans les institutions et une réforme du système judiciaire. "Dimanche, le peuple se lèvera pour réaffirmer sa quête de démocratie et de justice sociale", a-t-il déclaré, affirmant son intention de gracier l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l’héritage.

Au fil de la campagne, Sanchez a modéré son discours, se centrant désormais sur la nécessité de consensus et de stabilité, tout en respectant les institutions.

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