La militante anti-apartheid Jacqueline Dérens dénonce une campagne violente et raciste menée contre les immigrés en Afrique du Sud, alors que la corruption économique des élites aggrave la crise sociale.
En 2008, les migrants avaient déjà subi une vague de violence, mais le 30 juin 2026, une coalition d'organisations anti-immigrants, dirigée par March and March, annonce une nouvelle offensive pour débarrasser le pays de tous les "illégaux". Les tensions risquent d'atteindre leur paroxysme, avec des affrontements prévisibles entre manifestants et forces de l'ordre.
La Banque mondiale avait estimé en 2018 le nombre de migrants illégaux à 15 millions, mais ce chiffre inclut également des Sud-Africains sans papiers. Selon les dernières statistiques, environ 3,1 millions de migrants étrangers résident actuellement en Afrique du Sud, représentant 5,1 % de la population nationale. La majorité provient des pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
Ces migrants se tournent majoritairement vers les provinces prospères, espérant y trouver un emploi. En 2022, le taux de chômage des immigrants était de 18,2 %, tandis qu'il atteignait 32,9 % chez les Sud-Africains. Les petits commerces, notamment les "spaza shops", sont majoritairement gérés par des Somaliens, représentant 58 % du total, contre seulement 8 % de Sud-Africains.
Jacinta Ngobese-Zuma, à la tête du collectif March and March, déclare que le 30 juin sera la dernière chance pour les immigrés de quitter le pays. Malgré les promesses de manifestations pacifiques, des violences sont déjà survenues à Mossel Bay, où des immigrants ont dû fuir après la destruction de leurs abris, entraînant la mort de deux Mozambicains.
Le gouvernement, sous la direction du ministre de la police Firoz Cachalia, précise que le droit à la manifestation ne doit pas conduire à des comportements criminels. "Tous les actes violents et destructeurs seront fermement réprimés", a-t-il averti.
Le Président Ramaphosa a renforcé ce message, incitant la confédération syndicale Cosatu à s'opposer aux manifestations anti-immigrants. Jay Naidoo, fondateur de Cosatu et ancien ministre, a écrit au Président, soulignant que la véritable menace pour la démocratie sud-africaine réside dans la corruption et non dans les immigrés cherchant à vivre dignement.
Les récents sondages soulignent une perte de confiance des Sud-Africains envers leurs gouvernants, exacerbée par une détérioration continue des conditions de vie. Le 30 juin marquera-t-il un tournant décisif ou engendrera-t-il davantage de chaos ?







