Dans la région frontalière entre la Birmanie et le Bangladesh, des vies sont tragiquement fauchées par des mines antipersonnel. Les habitants de ce secteur, en quête de survie, se mettent en danger quotidiennement en traversant la frontière souvent mal délimitée. Ali Hossain, âgé de 40 ans, est l'une des nombreuses victimes : une explosion a changé sa vie l'année dernière alors qu'il ramassait du bois près de son village d'Ashartoli.
« Soudain, une déflagration a retenti, et j'ai senti ma jambe arrachée », se souvient Ali, qui a été transporté d'urgence à l'hôpital. Les médecins ont dû amputé sa jambe au-dessus du genou, lui laissant une prothèse et une béquille, mais lui ôtant également la possibilité de travailler dans les plantations d'hévéas. Face à la précarité, ses fils se voient contraints de prendre des risques pour subvenir aux besoins de la famille.
Ce drame, bien que personnel, s'inscrit dans une réalité bien plus large. Les habitants de Bandarban admettent avoir longtemps fait commerce de bois à travers la frontière, ignorant les dangers cachés. Selon des organisations comme la Campagne internationale pour l'interdiction des mines terrestres (ICBL), la Birmanie est le pays où les mines antipersonnel causent le plus de dégâts, avec plus de 2 000 victimes enregistrées en 2024.
Les témoignages de victimes comme Mohammad Abu Taleb, qui a perdu ses deux jambes dans une explosion provoquée par une mine, illustrent l'urgence d'une réponse internationale. « Je n'ai appris aucun autre métier que le ramassage de bois, je n'avais pas d'autre choix », déclare-t-il, alors que son fils de 10 ans abandonne l'école pour aider la famille. Les coûts des soins sont prohibitifs, atteignant 68 euros pour chaque visite médicale.
La situation à la frontière est aggravée par la guerre civile en cours en Birmanie, qui a suivi le coup d'État de 2021. Les organisations de défense des droits de l'Homme accusent l'armée birmane et des groupes armés d'être responsables de la pose de mines, créant une grave menace pour la population locale. En 2025, au moins 28 blessés ont été rapportés, et le drame a atteint son paroxysme lorsqu'un garde-frontière a été tué à cause d'une explosion.
Le lieutenant-colonel Kafil Uddin Kayes, un responsable des gardes-frontières bangladais, dénonce cette cruauté, affirmant : « Rien ne peut légitimer de telles atrocités ». Malgré les mesures de précautions prises, comme l'installation de panneaux d'avertissement et des opérations de déminage, les villageois continuent de risquer leur vie. Dudu Mia, agriculteur, souligne l'absurdité de la situation : « Nous avons besoin de ces terres agricoles, mais les mines ne peuvent pas être la solution. Cela ne peut pas continuer. »







