Alors qu'un projet de loi visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est à l’étude, de nombreux parents se retrouvent face à un défi majeur : gérer l'usage des écrans par leurs enfants. Addictions, mensonges et enjeux de contrôle parental font désormais partie intégrante de la vie familiale.
Emma, une adolescente de 14 ans, raconte son immersion dans l'univers des réseaux sociaux, qu'elle a commencé à fréquenter dès 11 ans. Aujourd'hui, elle confesse avoir passé jusqu’à 15 heures sur TikTok et Snapchat en une seule journée, un fait qui n'a pas échappé à l'attention de ses parents, qui avaient ignoré son utilisation excessive. "Je les ai installés sans leur accord", avoue-t-elle. Elle se montre rusée : en utilisant des fonctions de protection sur son téléphone, elle réussit à masquer la présence de certaines applications, laissant ses parents dans l’ignorance.
Dans le cas de Maya, 14 ans, la situation est similaire. Sa famille, qui vit à Châlons-en-Champagne, est devenue le théâtre de tensions autour de l'utilisation quotidienne de Snapchat. Son père, François, témoigne de son désarroi : "Je ne comprends pas vraiment le principe de Snapchat, et ça devient un peu chaotique.” Sa mère, Alexandra, essaie d’alerter sa fille sur les dangers potentiels, insistant sur les risques liés aux inconnus rencontrés en ligne. "Comment peux-tu être sûre que la personne de l'autre côté est bien celle qu'elle prétend être ?". En réponse, Maya affirme avoir vérifié ces contacts grâce à des appels vidéo, mais une série de préoccupations demeure du côté parental.
Maya désire aussi accéder à Instagram, une demande qui se heurte à un refus catégorique de sa mère, de peur de la voir confrontée aux rumeurs et aux attaques propagées sur des comptes tels que "Gossip Châlons". Maya a d’ailleurs déjà été la cible de propos injurieux sur ce type de plateformes, ce qui a poussé ses parents à instaurer un contrôle parental rigoureux, limitant son temps sur Snapchat à trois heures par jour.
Selon la pédiatre Sylvie Dieu Osika, qui consulte régulièrement des familles en détresse, il est essentiel de réaffirmer le rôle des parents dans ce contexte. "Établir une règle d'absence d'écrans dans la chambre est un bon début. Cela permet non seulement de mieux gérer le temps d'écran, mais aussi de favoriser le dialogue avec les adolescents", conseille-t-elle. De plus, elle souligne l'importance pour les parents d'être des modèles en termes d'utilisation des écrans, car l'incohérence dans les comportements peut amplifier les conflits familiaux.
Les débats sur ces enjeux sont amplifiés par une étude récente de l'ARCOM, qui révèle qu'un enfant sur deux utilise déjà des réseaux sociaux avant l'âge de 13 ans. Ce phénomène a des répercussions non seulement sur la vie familiale, mais aussi sur la santé mentale des jeunes utilisateurs. L’ère numérique, avec ses avantages et ses inconvénients, continue de remodeler les relations familiales tout en exigeant des parents qu'ils adaptent leurs stratégies éducatives face à des enjeux toujours croissants.







