À l’approche des quatre ans de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la question demeure : comment ce conflit peut-il prendre fin ? Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France à Moscou entre 2020 et 2024, partage des réflexions tirées de son ouvrage Au cœur de la Russie en guerre. Récit de l’ambassadeur de France, publié aux éditions Tallandier.
Le récent dialogue à Genève entre l’Ukraine et la Russie n’a pas abouti. Pierre Lévy ne cache pas son scepticisme quant à l’efficacité de telles négociations. Selon lui, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la Russie n’a pas dévié de son objectif de détruire la souveraineté ukrainienne. « Les discussions n’ont pas véritablement commencé, » déclare-t-il.
Les conditions posées par Moscou restent strictes : retrait des troupes ukrainiennes des territoires annexés, renoncement à l’adhésion à l’OTAN, et le respect des droits des russophones, entre autres. Cette situation est symptomatique d’un décalage de perception entre les deux parties. Après tout, pour les Ukrainiens et les Européens, le cessez-le-feu est la priorité ; tandis que pour les Russes, un accord global prévaut.
Concernant la cession de territoire, Lévy souligne l’importance pour l’Ukraine d’être claire sur les garanties de sécurité qui pourraient lui être offertes. « Pour faire des concessions, il faut savoir ce que l’on peut obtenir en retour, » ajoute-t-il. La clé réside dans une coalition solide d'assistance militaire.
Le constat est préoccupant : la guerre semble se transformer en guerre d’attrition. Selon l'Institute of Study of War, la Russie ne contrôle pas encore l’ensemble des territoires visés, et la progression quotidienne de ses forces est minimale.
L’opinion publique en Russie est également complexe. Selon Lévy, près de 70 % des Russes continuent de soutenir l’effort de guerre, souvent influencés par la propagande. « La majorité croit que l’OTAN est l’ennemi, » explique-t-il, soulignant que l’information circule principalement sous forme de rumeurs au sein de la population.
En matière de sanctions, l’ancien ambassadeur plaide pour une escalade afin de cibler plus efficacement l’économie russe. « Des mesures supplémentaires enverraient un message fort, » conclut-il.
Alors que Donald Trump évoque une clôture du dossier ukrainien, Lévy reste sceptique sur la volonté américaine de s'investir activement dans une paix durable, redoutant un accord qui pourrait sacrifier les intérêts ukrainiens. Ce conflit, déjà marqué par la souffrance, risque de laisser des cicatrices durables pour l'Europe et le monde entier.








