Le 10 février 2026, cinq groupes de la grande distribution ont lancé un appel à la consommation massive de poireaux, face à une situation préoccupante pour les producteurs. En effet, les prix en baisse révèlent une réalité plus complexe : les poireaux ne rémunèrent plus ceux qui les cultivent.
"Il faut sauver le soldat poireau" : tel est le message lancé par des géants de la grande distribution tels qu'Auchan et Carrefour. En réponse à la menace de surproduction, les consommateurs sont encouragés à acheter ce légume d'hiver. Ce mouvement de solidarité a par ailleurs conduit à des promotions, certains supermarchés allant jusqu'à vendre le poireau à prix coûtant, comme le week-end dernier chez Leclerc.
Selon le média spécialisé Linéaires, les poireaux étaient déjà disponibles à 56 centimes pièce dans certains drives avant cet appel. Alors que la filière était déjà secouée par la surproduction de chou-fleur en décembre, et de pommes de terre récemment, le poireau, star des plats d'hiver, fait face à des défis grandissants pour son avenir.
Une surproduction à nuancer
Bien que l'on parle de surproduction, cette notion est nuancée par des acteurs de l'industrie. Après un été sec, les rendements des poireaux avaient été médiocres, mais les conditions douces de l'automne ont permis un rattrapage. "Il y en a effectivement un peu plus, mais pas autant que les chiffres laissent à penser", explique Pierre Glérant, directeur de l'association Poireau de France (AOPN), contacté par nos soins.
Philippe Lecler, président de l'AOPN, confirme que dans certaines régions comme le nord ou les Landes, les rendements sont bien en deçà des attentes à cause de crues récentes. Le véritable souci réside alors dans le fait que la consommation française est en déclin. Avec des températures clémentes, la tendance semble pencher vers des plats plus froids, et les jeunes cuisiniers, hésitant à intégrer le poireau dans leur menu, semblent en partie responsables de cette situation.
Les prix en chute libre
Le constat est alarmant : malgré le besoin d'écouler des stocks, l'AOPN se dit satisfaite des efforts proposés en rayons, mais préoccupée par les pressions de la grande distribution pour abaisser encore les prix. "Les trois quarts des acheteurs demandent des remises supplémentaires", souligne Philippe Lecler.
C’est le producteur qui paie la promotion. Les distributeurs nous maintiennent un peu plus la tête sous l'eau.
Philippe Lecler, président de l'association Poireau de France (AOPN)
Ce dernier souligne que la surproduction, souvent évoquée, sert parfois d'argument de couverture. Les distributeurs malgré une baisse de marges, continuent de conserver leurs profits, au détriment des producteurs qui, depuis fin novembre 2025, n'arrivent plus à joindre les deux bouts.
Des coûts de production alarmants
La situation des producteurs est critique. Ils achètent un kilo de poireaux à 40 centimes, alors que le coût de production s'élève à 70 centimes. En d'autres termes, les travailleurs de cette filière produisent à perte. À titre de comparaison, le prix du kilo de poireau avait grimpé à 1 euro en juin dernier, illustrant la chute vertigineuse des prix actuels, tel que le rapporte la FDSEA de la Manche.
"La filière pourrait vivre du poireau à 2 euros le kilo en rayons, permettant une rémunération de 80 centimes pour le producteur", soutient le président de l'AOPN.
Un avenir incertain
Avec une perte de rémunération qui dure depuis plusieurs mois, des producteurs commencent à se questionner sur la viabilité de leur activité. "Une deuxième année de ce type et nous ne continuerons probablement plus", avertit Philippe Lecler, appelant la grande distribution à agir de manière responsable. Les coûts de production, de plus en plus élevés, mettent en péril une filière qui, pourtant, a tout pour réussir. En parcourant des sites comme Leboncoin, plusieurs annonces pour la vente d'équipement spécialisé pour poireaux témoignent de ce désamour croissant.







