Un groupe de femmes vénézuéliennes se rassemble sur une colline proche de la prison Rodeo 1, lançant des cris de soutien à leurs proches détenus : "Rodeo 1 résiste, ta famille insiste !". La prison, située à une quarantaine de kilomètres de Caracas, abrite environ 120 prisonniers politiques.
Ces manifestations ont eu lieu jeudi soir, après que la présidente par intérim Delcy Rodriguez a promulgé une loi d'amnistie censée permettre la libération de centaines de détenus. Dans la nuit de vendredi à samedi, il a été annoncé que 379 libérations auraient lieu prochainement.
Depuis le 8 janvier, une cinquantaine de femmes campent devant la prison, espérant une libération massive après l'arrestation de Nicolas Maduro par les autorités américaines. Certaines dorment dans des tentes, d'autres à même le sol, protégées par des toits de maisons et de commerces voisins.
Cependant, de nombreux "politiques" de Rodeo 1 sont des militaires qui ne bénéficieront pas de l'amnistie.
Maryoling González, 43 ans, tient une grande photo de son mari, le capitaine Ebro Delgado, condamné à 30 ans de prison pour des accusations de sabotage d'une raffinerie. "Pour moi, cette amnistie est extrêmement décevante, car beaucoup sont exclus", déclare-t-elle à l'AFP. "Ce sont eux les véritables prisonniers politiques, victimes de violations horribles de leurs droits. "
Hiowanka Avila, 39 ans, partage ce sentiment. Son frère, Henryberth Rivas, a été accusé d'implication dans une attaque par drone contre Maduro en 2018. Elle constate : "Beaucoup savent que la loi ne couvre pas nos proches. Cela a été une surprise et une tristesse pour beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas élargi les critères de l'amnistie".
"Tout ce que nous pouvons faire, c'est prier Dieu, qui est notre seul espoir pour surmonter cette situation", ajoute-t-elle.
Selon l'ONG Foro Penal, 448 prisonniers ont été libérés depuis l'annonce des mesures de clémence par le gouvernement intérimaire début janvier, mais près de 650 restent incarcérés. L'ONG souligne que l'amnistie concerne seulement 20 mois durant les 27 dernières années de régime de Hugo Chavez et de son successeur Nicolas Maduro.
Pourtant, le député Jorge Arreaza, qui supervise le processus, a affirmé la libération de 379 prisonniers politiques supplémentaires.
Maryoling González rappelle que Hugo Chavez avait lui-même bénéficié d'une amnistie après avoir tenté un coup d'État en 1992, ce qui lui avait permis de se présenter à la présidentielle gagnée en 1998. "Si certains ont été pardonnés dans le passé, pourquoi pas ceux qui sont en prison aujourd'hui ?", interroge-t-elle.
À Caracas, devant la prison de la Police nationale, surnommée Zone 7, d'autres familles campent également. Maria Escalona, 41 ans, avait l'intention de rendre visite à son mari incarcéré depuis septembre pour son anniversaire. Bien qu'elle n'ait pas pu avancer la rencontre, elle a réussi à lui transmettre une boîte de nourriture sur laquelle elle avait écrit : "Julio Velazco, je t'aime".
"Tant que tous nos proches ne seront pas libérés, nous restons ici en paix", affirme Narwin Gil, allongée sur un matelas. "Nous avons besoin d'actions, pas de simples promesses."







