Au-delà du raffinement du Ritz à l'époque de Mohamed Al-Fayed et des palmiers de la Côte d'Azur se cache un monde sombre. Depuis l'été dernier, la justice française explore un réseau présumé de traite de femmes, évoquant des similarités troublantes avec l'affaire Epstein, comme l'indiquent plusieurs avocates.
Parmi les victimes, Kristina Svensson, ancienne assistante de Mohamed Al-Fayed de 1998 à 2000, a témoigné à Paris. Dans une interview accordée à l'AFP, elle relate des agressions répétées : "À chaque fois qu'il me voyait, il m'agressait".
Mohamed Al-Fayed, décédé en 2023, était le propriétaire emblématique de Harrods, du club de football de Fulham et du Ritz. Tout au long de sa vie, il ne fut jamais poursuivi pour ses actes.
En février dernier, la police londonienne rapportait avoir recueilli 154 témoignages de victimes, mais plusieurs plaignantes dénoncent le manque d'efficacité des enquêtes britanniques, remettant en question l'approche des autorités face à un système qui aurait perduré pendant 35 ans.
Les femmes, désormais, se tournent vers la justice française, espérant obtenir réparation et éclaircir ce réseau qui aurait également existé en France. Rachael Louw, 54 ans, témoigne de son expérience sur le yacht de Salah Fayed, frère de Mohamed, affirmant que, contrairement à la police britannique, la justice française "avance beaucoup plus vite et ne minimises pas ce qui nous est arrivé".
L'enquête ouverte par le parquet de Paris en 2025 pour traite d'êtres humains, proxénétisme et viols montre une volonté sérieuse de faire lumière sur ces accusations et d'attaquer un système supposé organisé.
Rachael Louw, qui a été remarquée par Mohamed Al-Fayed alors qu'elle travaillait chez Harrods, a subi des examens médicaux intrusifs avant de décrocher un poste dans son entourage. Eva Joly, ancienne juge d'instruction et avocate des plaignantes, dénonce ces pratiques : "Ces jeunes femmes étaient comme de la viande, soumise à des examens dégradants pour le plaisir des prédateurs".
La justice française a requalifié certaines de ces situations en agressions potentielles. Lorsqu'elle a été envoyée sur le yacht de Salah Fayed, ses conditions de travail se sont rapidement transformées en quelque chose de bien plus inquiétant.
Se retrouvant isolée dans un environnement hostile, elle témoigne d'agressions physiques et sexuelles qui l'ont laissée terrifiée et sans échappatoire. Une nuit, après un incident troublant, elle a réussi à fuir, réalisant que sa vie était en danger.
Kristina Svensson, quant à elle, décrit les incessants abus de Mohamed Al-Fayed, témoignant de l'atmosphère d'angoisse qui pesait sur elles, pressurées par un système où la violence et le pouvoir se mêlaient. Elle compare sa situation à celle d'un "produit de luxe".
Le Ritz exprime sa tristesse face aux témoignages d'abus et se dit prêt à coopérer avec la justice, tandis que Harrods encourage les victimes à demander réparation.
Pour les avocates, ces témoignages mettent en lumière un système qui ressemble à celui tant décrié de Jeffrey Epstein. Eva Joly souligne : "Il existe un parallèle saisissant entre la consommation des femmes jeunes et vulnérables et un schéma organisé d'exploitation".
Avec la disparition des Al-Fayed, les plaignantes espèrent dévoiler un système complexe, reliant des complices et de nombreuses victimes. Kristina Svensson invite toutes celles et ceux possédant des informations à se manifester : "Chaque élément compte pour l'enquête".







