Dans le nord de l'Ukraine, une multitude de civils, jeunes et moins jeunes, se rassemblent au bord des routes, brandissant des drapeaux bleu et jaune pour saluer les militaires récemment libérés de captivité par les forces russes. Ce geste de solidarité est devenu un rituel pour de nombreuses familles.
Laryssa Gladka, une employée municipale de 50 ans, participe à cet événement depuis deux ans. Avec des drapeaux soigneusement pliés dans le coffre de sa voiture et ses amies prêtes à l'action, elle raconte : "Dès que nous recevons le message que les ambulances arrivent, nous enfilons nos vêtements et prenons la route rapidement," confie-t-elle à l'AFP. Son mari est mort à la guerre, tandis que son fils, toujours en service, n'a pas encore pu revenir chez lui.
Les échanges de prisonniers se déroulent à la frontière bélarusse, à plusieurs dizaines de kilomètres. Dans l'anticipation, Laryssa se positionne sur une colline offrant une vue dégagée, observant l'horizon avec des jumelles en attendant que le convoi se rapproche.
Des centaines d'autres ressortissants ukrainiens partagent ce même moment d'attente, peu importe l'heure ou la météo. Des notifications dans un groupe Telegram informent sur l'avancée des ambulances, créant une chaîne de solidarité entre les communautés.
Lorsque le convoi apparaît enfin — un mélange de bus escortés par la police — une vague d'émotions inonde la foule. Dans un cœur battant de joie, les drapeaux s'agitent et les mains se lèvent en salut, renforçant les liens entre ceux qui attendent et ceux qui reviennent.
"C'est comme une deuxième naissance. Les mots manquent," se souvient Iaroslav Roumiantsev, échangé après 39 mois de détention. "Les jeunes filles qui sourient et s'inclinent me donnent des frissons," raconte-t-il. Les souvenirs de mauvais traitements subis en captivité restent présents, mais l'accueil émouvant leur rappelle leur humanité.
Andriï, un chauffeur de 53 ans, témoigne : "Les gars sont surpris d'être attendus ainsi, contrairement à ce qu'ils entendaient en Russie." Alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie continue, Kyiv a récupéré plus de 8 000 prisonniers et près de 17 750 dépouilles depuis le début du conflit en 2022, soulignant l'ampleur tragique de la guerre.
L'organisation de ces événements d'accueil, dédiée aux soldats revenus, a évolué d'un petit groupe à un vaste réseau, se coordonnant sur les réseaux sociaux. Anatoliï Devytsky est l'un des fervents participants et ne manque jamais un échange, même dans le froid hivernal.
Anna Kondratenko, une autre employée municipale, décrit cela comme "un signe de gratitude". Elle attend avec espoir et détermination, prouvant que les Ukrainiens seront là "jusqu'au bout", tant que chacun de leurs héros ne sera pas de retour.
Pour beaucoup, le soutien s’étend au-delà des simples rassemblements. "Tant qu’on n’a pas échangé tous les militaires, nous continuerons à attendre chaque retour," affirme Anna, avec une promesse de détermination que la guerre ne peut éteindre.
Les résidents de ces localités, unis par la douleur de la perte, espèrent un jour voir la paix, mais jusqu’à ce jour, leur engagement envers ces soldats est inébranlable.







